Au Réarmement, Citoyen?

Qui se souvient du film anglais « If…« , de 1968 (palme d’or 1969) de Lindsay Anderson, où des lycéens membres d’une école de la bourgeoisie britannique, se rebellent contre un autoritarisme drapé dans le moralisme de la bonne éducation? Je l’ai vu quand j’étais moi-même lycéen, en Angleterre, à la fin des années 70. Expérience à jamais gravée quelque part dans l’imaginaire rebelle, dans le nihilisme de l’ultra-violence comme dernier recours face à l’autoritarisme absurde.


Peu surprenant, sans doute, que ce film resurgisse dans les esprits, en tout cas le mien, depuis quelques mois. J’imagine qu’un tel film serait aujourd’hui interdit, censuré au nom de la lutte contre la désobéissance, ou comme apologie du terrorisme. J’imagine qu’un prof qui projetterait ce film dans une salle de classe serait renvoyé manu militari.

Changer le monde avec une balle bien placée.

Et pourtant, face à la perversité matérialisée par l’autorité, face à l’absurde d’une violence permanente cherchant à humilier et à soumettre au nom d’un supposé Bien supérieur – là, les privilèges de l’élite au nom de la tradition britannique, ici la domination techno-totalitaire au nom de la sécurité sanitaire – le recours à la violence, même nihiliste et suicidaire, fait toujours partie des options possibles.

La question que pose le film est de savoir s’il est possible pour un homme de changer le monde avec une balle bien placée. C’est certainement possible, comme l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand mit le feu aux poudres de la première guerre mondiale. Si Hitler avait pu être assassiné par la résistance allemande, la seconde guerre n’aurait peut-être pas eu lieu, ou se serait arrêtée plus tôt.

Les assassinats ciblés font encore et toujours partie de l’arsenal des pays dits « légitimistes », comme la France ou les USA: assassinat de Kadhafi en 2011 (attribué à un rebelle libyen, mais relevant d’un évident intérêt français), ou du général iranien Qassem Soleimani en 2020 par les USA. Les Russes assassinent allègrement, comme la journaliste Anna Politkovskaïa et l’ex espion Alexandre Litvinenko. Des exemples ayant défrayé la chronique, mais on se doute bien que de nombreux « accidents » plus discrets sont le fait d’opérations de services secrets, tous pays confondus.

La disparition de la violence politique.

Et pourtant, la violence armée sur la scène politique interne des pays « légitimistes » est rare, même lorsque toutes les conditions semblent réunies comme à Washington, lors de la « prise » du Capitole par des supporters de Trump (1). Vu l’armement massif dont disposent les citoyens américains, on aurait pu s’attendre à un bain de sang, mais non.

Ici en France, même poussés à bout par la milice macroniste, même sous le feu des LBD visant à éborgner les manifestants, aucun Gilet jaune ou assimilé n’a sorti un fusil. La violence armée est soit le fait de la police, soit des délinquants et des terroristes qui n’ont pas de revendications politiques à proprement parler, leur action relevant plutôt d’actes de guerre ou de prédation envers la en général.

Il est devenu évident, à travers notamment la période des Gilets jaunes, que la violence policière est devenue une arme politique au profit de l’Etat, un développement qui fut abondamment analysé à l’époque par des gens tels que David Dufresne ou Geoffroy de Lagasnerie:

La a abandonné le contrôle de sa police à l’Etat et l’Etat, peu importe la faction politique en place, utilise la police pour s’émanciper de cette même population en lui imposant une menace constante de violence ainsi qu’une réelle violence ciblée en fonction de ses intérêts. Cette dynamique menant au désastre, du moins pour ceux et celles qui croient encore à l’idée de droits individuels et de démocratie, la seule issue semble être de reprendre le contrôle de la police.

https://zerhubarbeblog.net/2019/04/03/de-la-politique-des-violences-policieres/

Un état des lieux que confirme l’ex-policier syndicaliste Alexandre Langlois dans, notamment, son livre-réquisitoire « L’Ennemi de l’Intérieur » (2) ou comme, tout récemment, Bruno Attal, cet autre policier syndicaliste dans cette hallucinante interview sur Sud Radio:

Désarmer pour régner.

Or, tout va dans le sens d’une police hors contrôle démocratique. Le désarmement complet de la fait partie de la stratégie de domination: aujourd’hui, n’importe quel objet peut être considéré par la police comme « arme par destination », en fonction du degré d’oppression qu’elle veut imposer. On ne pourra bientôt aller manifester qu’en maillot de bain.

Seuls les délinquants ou les professionnels du crime peuvent encore espérer faire usage d’armes à feu, une option totalement interdite pour le citoyen lambda qui verrait débarquer le RAID ou la BRI à la moindre suspicion. Alors même que, dans le « milieu », on s’échange des AK-47 et des armes de poing sans que cela fasse broncher grand monde: les criminels ne s’en prennent pas à l’Etat, ne sont pas un danger pour la structure de pouvoir, alors qu’une manifestation politique armée dans les rues de Paris, chose communément appelée « insurrection », pourrait lui poser de sérieux problèmes.

Deuxième amendement, ou Hobbes?

C’est précisément ce qui fonde le deuxième amendement de la Constitution américaine: le au port d’arme est considéré comme légitime afin d’éviter l’oppression étatique, oppression inévitable dès lors que seul l’Etat est armé. Cela ne marche pas vraiment dans les faits (3), il faut bien le reconnaître. Thomas Hobbes préconisait exactement l’inverse: la paix et la sécurité du citoyen n’est assurée que par le monopole de la violence par l’Etat (4). Ce qui ne fonctionne guère mieux, mais garantit au moins à l’Etat de ne pas avoir à faire face à des insurrections armées.

Dans un monde idéal, doté d’un système de équilibré et respecté par l’Etat lui-même, il semblerait raisonnable d’accorder à l’Etat le monopole de la violence dès lors que l’on sait qu’il ne l’utilisera pas contre le peuple, mais uniquement contre les ennemis du peuple. Une confiance qui disparait dès lors que l’Etat peut modifier les règles à sa guise, et en fonction des intérêts de ceux qui le représentent – ou des intérêts de ceux qui contrôlent ses représentants, comme on le voit aujourd’hui dans la manière ou Big Pharma impose ses produits et ses méthodes via la corruption des institutions (5).

Faut-il se réarmer?

L’équilibre des pouvoirs entre l’Etat et la demande t’il alors le réarmement citoyen, la seule manière de reprendre le contrôle sur la police, et d’interdire à l’Etat de modifier les règles sans passer par un processus réellement démocratique (une chambre d’enregistrement parlementaire ne relevant pas d’un « processus démocratique »)?

Comment interdire à un Etat tout-puissant l’imposition de mesures absurdes et arbitraires genre confinements, attestations de sortie, mises à pied outrancières, pass vaccinaux, et création arbitraire de sous-citoyens devant subir l’insulte publique d’un Chef d’Etat sans avoir pourtant enfreint la moindre loi?

La se permettrait-elle de vérifier les QR codes de gens attablés au restaurant, ou les attestations de sortie de gens faisant leurs courses ou se promenant dans les bois, si ces derniers étaient ostensiblement et légalement armés? Le risque, évidemment, est de partir dans une spirale à l’américaine, où la police ne recrute plus que des voyous abreuvés de violence qui recherchent précisément le conflit armé, face à d’autres voyous abreuvés de violence (6). Cette spirale est catastrophique et ne sert personne, hors les violents.

La technologie joue contre les populations car, même aux USA, le différentiel entre les armes accessibles aux citoyens et l’armement militaire de la police, y compris l’accès aux drones et aux robots militarisés, rend de facto suicidaire tout recours armé. La récente autorisation d’usage de drones pour la police française va dans le même sens.

L’armée française teste déjà les chiens-robots de Boston dynamics, dont une version armée existe désormais (7). Or on voit bien que tout ce qui passe par l’armée se retrouve un jour chez les flics: blindés, fusils d’assaut, drones, équipements de protection, etc.., transformant la police en force d’occupation de fait.

A terme, l’omniprésence de caméras fixes et mobiles dotées de reconnaissance faciale, associée à la militarisation policière en mode « robocop », rend peu plausible un éventuel réarmement citoyen, qui ne serait que l’antichambre d’un jeu de massacre. Sauf, peut-être, à l’échelle du tout-venant, où le flic aujourd’hui assuré de sa toute-puissance face à un citoyen désarmé, pourrait réfléchir face au même citoyen armé: vais-je risquer ma vie pour un contrôle abusif au seul profit de la politique du chiffre?

Quelle issue hors le nihilisme techno-totalitaire?

Alors, que faire pour rétablir un rapport de forces entre la et l’Etat qui ne dépende pas du simple bon vouloir du régime en place? Un chantier pour une démocratie du XXIème siècle, qui passerait en France par une nouvelle Constitution diminuant fortement les prérogatives présidentielles, mais qui irait aussi à l’encontre d’une dynamique mondiale où l’autoritarisme est à la mode.

La Chine, pour nos élites, est un bien meilleur modèle que le contrat social d’antan. Ou son variant plus politiquement correct, celui du Grand Reset vanté par le World Economic Forum de Davos (8), où l’approche gestionnaire doit permettre de s’attaquer aux problèmes (bien réels) de l’Humanité.

Nous avons depuis deux ans un bel aperçu de ce qu’une telle approche gestionnaire, technocratique de la société peut produire: Une merde sans nom, pour rester poli. Entre le techno-totalitarisme sous le joug d’un Etat trop fort, et la loi de la jungle dans un Etat trop faible, la question du juste rapport de force entre administrateurs et administrés, entre élus et électeurs, se pose de manière urgente, et doit à mon avis être traitée avant que certains ne se mette à rejouer « If… » en remplaçant le directeur d’école et ses sbires par d’autres têtes bien plus connues. Ce qui serait hautement jouissif certes, mais peu productif sur le fond.

Ce qui nous mène à la stratégie politique, question pressante à deux mois des prochaines élections présidentielles. Car, en effet, face à la réalité du rapport de force totalement en faveur de l’Etat techno-totalitaire, lui-même soutenu par une large minorité (sinon une majorité) de la qui se contente fort bien du statu quo et qui ira voter afin d’en assurer la continuité, seul un changement de paradigme par voie électorale semble plausible.

Si l’urgence du moment, indépendamment des programmes spécifiques dont la mise en œuvre réelle relève plus de la foi que d’une attente raisonnable, est de changer de méthode démocratique en limitant le pouvoir présidentiel au bénéfice du pouvoir parlementaire, si l’objectif est d’intégrer des éléments de représentativité directe via, par exemple, le RIC (référendum d’initiative citoyenne) (9), ne faut-il pas pour une fois rassembler toutes les oppositions au statu quo dans un vote porteur, a minima, de cette promesse de modification de régime?

Quitte, une fois ce nouveau modus operandi en place, à repasser rapidement par un vote « politicien » où les divergences programmatiques pourraient alors s’exprimer, mais dans un cadre démocratique remis à jour et garant du respect de la Constitution, quoi qu’il arrive?

On pourrait, dans un environnement politique moins égocentré, espérer un tel accord stratégique de la part de toutes les oppositions. On pourrait ainsi sortir par le haut, garantir à nouveau l’état de Droit, reprendre le contrôle de la police, et s’attaquer aux vrais problèmes. On peut rêver, aussi.

Liens et sources:

(1) https://zerhubarbeblog.net/2021/01/20/le-capitole-et-lopportunisme-autoritaire/

(2) https://zerhubarbeblog.net/2020/03/09/lennemi-de-linterieur-ou-lhistoire-dramatique-dune-police-corrompue/

(3) https://www.atlantico.fr/article/decryptage/etats-unis-armes-a-feu—prelude-a-un-carnage-pire-encore-violence-homicides-xavier-raufer

(4) https://zerhubarbeblog.net/2015/11/12/manuel-hobbes-ou-la-legitimation-du-leviathan/

(5) https://zerhubarbeblog.net/2021/12/29/vaccination-covid-le-grand-marche-de-la-corruption/

(6) https://zerhubarbeblog.net/2016/10/04/do-not-resist-un-documentaire-effarant-sur-le-joug-policier/

(7) https://www.huffingtonpost.fr/entry/larmee-francaise-teste-le-chien-robot-spot-de-boston-dynamics_fr_6076d370e4b001befb6ee68c

(8) https://zerhubarbeblog.net/2020/12/04/de-quoi-the-great-reset-est-il-le-nom/

(9) https://www.gouvernement.fr/le-ric-de-quoi-s-agit-il

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

2 réponses

  1. Fred

    Question fondamentale depuis 150 au cœurs de nos ‘démocraties’.
    Quel est le rapport de force acceptable entre les représentants du pouvoir et le peuple.
    Comment faire régner l’ordre tout en préservant les aspirations populaire à la paix, l’autonomie économique, l’éducation, la santé (!!!). C’est à dire comment assurer un équilibre entre un pouvoir qui exerce son action sans être déstabilisé constamment si cette action est légitime et entre dans le cadre de son mandat, et un légitime contrôle du mandat par le peuple ou une réprésentation de celui-ci.
    Clairement cet équilibre (qui n’a jamais existé) est aujourd’hui complètement illusoire. Et la désaffection croissante constatée envers la chose politique n’est que le reflet de la prise de conscience d’une partie du peuple pour ce jeu de dupe.

    Quels sont les recours à la disposition dudit peuple pour remettre en cause ce pouvoir phagocyté par la ploutocratie ?
    Grande question, la violence ? If ? une nouvelle tête sur le billot ? Personnellement je n’y crois pas.
    Est-ce que la révolution à changé quelque chose ? On peut répondre oui, individuellement (la rente des titres), fondamentalement (la liberté et son imaginaire – et ce n’est pas rien) etc… mais l’équilibre des forces c’est juste réorganisé au fil des décennies pour prendre une autre forme au cours du 19° qui accompagne l’avènement de la révolution industrielle et assoit le capitalisme moderne. Ce capitalisme moderne sera suffisamment intelligent pour conforter sa position dominante et créer un imaginaire compatible avec les nouveaux esclaves de la production de masse (consumérisme) et finalement avec les nouveaux esclaves du numérique (l’im – mobile – isme ?)

    Les technologies militaires au service de la violence. Les conflits du 20° siècle on montré que quelque soit les technologies employés (excepté la bombe atomique), la volonté populaire ou idéologique est bien plus puissante. C’est aussi ce qu’à compris le capitalisme, le modèle américain s’est plus imposé par l’imaginaire que par les F16. Et la combinaison des deux est évidement redoutable. Poutine l’a aussi compris à sa façon. La restauration de la ‘Grande Russie’ est bien plus acceptable au point de vue social et compatible avec un objectif de survie politique que la création d’une ‘nouvelle voie’ à la russe ou le déploiement de ce qui restait de ses armées. Mais comme cela s’avère difficilement compatible avec une contestation sociale de son modèle ‘démocratique’ (totalitaire), le contrôle social à la chinoise arrive à grand pas.
    La Chine elle… en accord avec son histoire, a opté pour la grande fourmilière bien en ordre.

    Est-ce que les technologies numériques au service de la violence étatique sont capable d’assurer la coercition de la population ? Au regard du paragraphe précédent je n’y crois pas non plus (même si c’est bien parti), les gouvernements s’engagent lentement mais sûrement dans cette voie en pensant que c’est la solution magique. Mais personnellement (cela n’engage que moi et mon enclin à croire que la spiritualité et l’amour, triomphera – un jour ou l’autre… – mon côté bisounours comme dirait un de mes amis) je ne pense pas que cette option soit viable très longtemps. Comme le dise beaucoup de commentateur actuel (Ariane Bilheran), l’état d’hypnose que le narratif actuel se propose d’assurer nécessite une énergie bien trop importante. Nous finirons par tomber dans un état totalitaire assumé. Ce n’est qu’une question de… mois, d’années ? Mais le totalitarisme est-il viable à long terme ? Le problème dans la formulation c’est l’ampleur du ‘long’… Beaucoup trop longtemps pour assurer ses méfaits c’est sur.

    Une autre issue est-elle possible? Il peut y avoir une violence insurrectionnelle, mais pour mettre en place des barricades il faudrait arriver à un radicalisme populaire qui n’est pas encore à ce point exacerbé. Une nouvelle constitution sur le mode d’autodétermination ? Comme le prône Étienne Chouard, qui le permettrai à un niveau national ? ne parlons pas de l’international (cf la Grèce dans un scénario similaire).
    La société du spectacle est encore suffisamment puissante (voir le covid) pour hypnotiser la masse critique du peuple. Le peuple est-il capable d’être critique ?
    J’ai longtemps cru que l’éducation était la solution pour permettre aux gens d’avoir un regard un minimum distancié sur les évènements et accéder a une compréhension plus globale. Comme le suggère C.Péguy, «les évènements sont comme la surface de la mer, ce qui m’intéresse ce sont les profondeurs». Sur le long terme c’est la solution, mais quand on voit la déliquescence (programmée) du système éducatif et de ses programmes on comprend bien que la tâche risque d’être ardue. D’autre part comment transmettre à nos descendances des solutions ou des systèmes de pensée qui permettraient de résoudre les problèmes que nous avons créés?
    Petite citation du web : l’homme est la seule espèce qui pense que son existence est un problème…
    Qui est capable aujourd’hui pour faire face aux problèmes environnementaux, économiques, sociaux de boycotter les grandes entreprises alimentaire, énergétique, bancaire… et les produits au bilan carbone douteux (90% de notre consommation). Qui est capable de remettre en cause son confort, ses habitudes de vie ou intellectuelles ?

    Je crois que nous n’avons pas d’autres choix que de faire scission en restant ouvert. C’est à dire créer une/des communauté(s), humaine, économique, locale qui refuse les dérives du système actuel. Cette communauté s’exposera à la vindicte gouvernementale et populaire ça ne fait aucun doute. Elle devra en subir les frais à défaut de marque de la bête.
    Ce n’est pas un repli sur soi ou du survivalisme, c’est juste montrer qu’autre chose est possible, un imaginaire à taille humaine et planétaire viable dans le respect des lois de la nature.
    Il me semble que le mouvement à déjà commencé par la force des évènements.
    C’est une vision un peu extrême, un peu simpliste, l’avenir dira si c’est une utopie ou une dystopie vraisemblable…

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