Survivre au nihilisme politique?

L’inénarrable et catastrophique gestion covidienne de ces deux dernières années aura beau nous avoir fait découvrir, avec horreur, la facilité avec laquelle s’installe l’ordre techno-totalitaire, la réaction hystérique voire suicidaire des mêmes face à l’invasion russe en Ukraine oblige à se poser la question de nos possibilités de survie, en tant qu’êtres conscients, face à cette mafia de psychopathes trustant l’ensemble des postes stratégiques, depuis la tête de l’Union européenne aux propagandistes de plateau, en passant par la plupart des institutions et administrations nationales et internationales.

L’utilisation de chocs opportuns afin de faire avancer l’agenda techno-totalitaire de ces « élites », pour lesquelles 80% de la population mondiale relève d’un bétail à gérer tout en se protégeant de ses éventuelles ruades (d’où le budget faramineux des institutions policières et sécuritaires), fut décrite par Naomi Klein dans « La du choc »:

La du choc.

Après une préface où elle expose les différents points de son argumentation, le premier chapitre porte sur la torture et plus particulièrement sur les expériences de lavage de cerveau effectuées par Donald Ewen Cameron et qui auraient été financées par la CIA. D’après Naomi Klein, ces recherches étaient menées pour détruire la personnalité du sujet en lui administrant des chocs divers afin d’obtenir une « page blanche » sur laquelle on pourrait écrire une nouvelle personnalité.

S’appuyant sur plusieurs recherches documentaires, Naomi Klein soutient que, de la même manière, des désastres (catastrophes naturelles, changements de régimes, attentats), qui conduisent à des chocs psychologiques, permettent aux chantres du capitalisme d’appliquer la doctrine de l’école de Chicago dont Milton Friedman est l’un des représentants les plus connus. Ils imposeraient, à l’occasion des désastres, des réformes économiques que Naomi Klein qualifie d’ultra-libérales telles que la privatisation de l’énergie ou de la Sécurité sociale.

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Strat%C3%A9gie_du_choc

Les techniques de lavage de cerveaux dénoncées par Klein feront sans doute écho, pour les lecteurs et lectrices de ce blog, aux techniques de « formation psychotique des masses » qui ont servi, et servent encore, à « hypnotiser » une partie conséquente de la population, via des techniques de répétition de messages d’angoisse et de diabolisation proches des méthodes d’endoctrinement sectaire, afin de faire croire à la nécessité de mesures qu’un esprit sain jugerait parfaitement débiles voire ignobles (1).

Manipulation de masse.

De l’eau a coulé sous les ponts depuis la sortie du livre de Klein (2013), et l’idéologie ultra-libérale, que l’on peut définir comme la loi du plus riche, a partiellement muté en idéologie « davoisienne » où le grand capital s’allie (achète) les représentations politiques et les institutions afin d’imposer, au nom du bien commun et de sa sacro-sainte « sécurité » bien sûr, un Ordre techno-totalitaire garantissant l’enrichissement illimité des quelques uns, et la coercition permanente des beaucoup d’autres.

En témoigne l’incroyable auto-flagellation que s’impose l’Europe au titre des sanctions contre la Russie, sanctions en bonne partie imposées par les Américains pour lesquels tout ceci relève d’abord d’une opération de politique intérieure (refondre le semi-sénile Joe Biden en chef de guerre) associée à une opportunité commerciale (vendre du gaz de schiste en remplacement du gaz russe) au potentiel écologique catastrophique (2).

Recadrons d’entrée de jeu la propagande de masse cherchant à faire croire que la Russie est seule responsable du désastre actuel, un ours devenu fou s’en prenant gratuitement aux gentils Ukrainiens, et qui se retrouverait seul face aux condamnations et sanctions du monde entier.

D’abord « le monde entier » est très loin de participer au délire occidental: Chine, Inde, Israël, Turquie et plusieurs pays d’Amérique Latine et d’Afrique, tout en condamnant l’agression russe en tant que telle, refusent de participer aux sanctions.

Ensuite, les faits historiques depuis la chute du Mur et, notamment, le coup d’Etat de 2014, le tout résumé par exemple dans ce récent article « Ukraine, le retour du bâton » (3), ou par l’expert Eric Decéné, ici sur Cnews:

La manipulation de masse au sein des démocraties n’a rien de nouveau. Le célèbre publicitaire Edward Bernays en disait ceci dès 1928, et on trouve aujourd’hui « ces hommes dont nous n’avons jamais entendu parler » au sein de cabinets de conseil genre McKinsey:

La manipulation consciente et intelligente des habitudes et opinions organisées des masses est un élément important de la société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme invisible de la société constituent un gouvernement invisible qui est la véritable puissance dirigeante de notre pays. Nous sommes gouvernés, nos esprits sont modelés, nos goûts formés, nos idées suggérées, en grande partie par des hommes dont nous n’avons jamais entendu parler.

Edward Bernays, Propaganda 1928

Arrogance et fausses promesses.

Qu’aurait dit le « camp du bien » si la Russie, la Chine, l’Inde avaient décidé de boycotter, de sanctionner l’Europe et les USA suite à la guerre du Kosovo, à l’invasion de l’Afghanistan puis de l’Irak sur une base de pur mensonge, puis de la Libye? Qu’aurait-il dit si, à l’instar de Joe Biden aujourd’hui, Poutine avait alors qualifié d’assassins et appelé à un renversement des régimes américains de G.W. Bush puis de Barack Obama?

Cette arrogance suprémaciste occidentale, qui ne tolère pas chez autrui (sauf chez ses bons clients, genre Arabie Saoudite ou Israël) ce qu’elle se permet elle-même, nourrit un radicalisme mondialisé qui s’oppose au supposé universalisme des valeurs occidentales telle que la démocratie, les droits de l’Homme, l’individualisme, la liberté d’expression, etc..

La faillite de cette universalisme hors de ses frontières culturelles a déjà été analysée par, notamment, l’auteur indien Pankaj Mishra dans son livre « L’âge de colère » où:

il démontre comment la promesse universaliste occidentale d’un progrès économique et politique pour toutes et tous, s’est révélée être un mensonge pour une partie importante de la population mondiale, de l’Asie à l’Amérique latine en passant par le Moyen-Orient et l’Afrique: les riches s’enrichissent, en effet, mais au détriment des structures sociales, de l’environnement, des classes moyennes en voie de paupérisation, et des classes laborieuses à jamais dans la misère économique sous le joug de régimes éternellement corrompus. 

https://zerhubarbeblog.net/2022/02/07/4-fevrier-2022-premier-jour-de-lere-de-la-domination-sino-russe/

Peu de gens ici s’en souviennent, mais les sanctions imposées par les USA contre l’Irak de Saddam Hussein, dans les années 90, eurent comme conséquence la mort d’un demi-million d’enfants irakiens de moins de cinq ans. La secrétaire d’Etat en charge à l’époque, Madeleine Albright (récemment décédée, et bon débarras), questionnée à ce sujet, estimait « que cela valait le coup » (4). Difficile, ensuite, de promouvoir les « valeurs occidentales » autrement qu’avec des bombes et de la propagande.

Mais nul besoin d’aller très loin pour se rendre compte que nos dites « valeurs », généralement malléables en fonction des intérêts du moment comme, par exemple, le système économique construit sur la migration à Calais (5), se heurtent au sein même de l’Union européenne à des résistances fondées, elles, sur des valeurs traditionalistes et religieuses comme en Pologne et en Hongrie.

L’exemple hongrois.

Ce dimanche 3 avril eurent lieu les élections législatives hongroises, mettant face à face le Fidesz de Victor Orban (au pouvoir depuis douze ans) et le parti d’opposition, en réalité une anti-Fidesz menée par Peter Marki-Zay. Le Fidesz a gagné (6) et reconduit la posture hongroise face à l’Union européenne comme face à la Russie.

Côté Russie, la Hongrie s’en méfie pour des raisons évidentes, mais maintient des relations ouvertes et se refuse à livrer des armes à l’Ukraine tout en accueillant ses réfugiés. Elle ne se reconnait pas dans le discours vengeur de l’UE de Macron et de von der Leyen, mais plaide néanmoins pour une remilitarisation européenne afin de calmer l’ours russe, une position que l’Allemagne semble avoir adopté avec l’accroissement notable de son investissement militaire.

Un contentieux juridique oppose actuellement la Hongrie (et la Pologne) à l’UE, cette dernière accusant les premiers de ne pas appliquer les règles de droit européen en matière de liberté de la presse, d’ de migrants, d’indépendance de la justice ou de respect des droits des minorités – notamment LGBT.

La Hongrie interdit la promotion de l’homosexualité et du transgenre envers les enfants. Une politique jugée homophobe par l’UE. La réponse hongroise est que les questions de ce type ne relèvent pas du droit européen mais du droit national. Et de fait, l’élection de dimanche comportait également un volet référendaire où chacun était invité à répondre aux questions suivantes:

Approuvez-vous l’enseignement de l’orientation sexuelle aux enfants mineurs dans les institutions scolaires sans le consentement parental ?

Approuvez-vous la promotion des traitements de changement de sexe pour les mineurs ?

Approuvez-vous la présentation sans restriction aux mineurs de contenus médiatique à caractère sexuel qui pourraient affecter leur développement ?

Approuvez-vous la présentation aux mineurs de contenus médiatiques portant sur le changement de sexe ?  

https://courrierdeuropecentrale.fr/les-elections-en-hongrie-en-direct/

Société du spectacle, société du contrôle.

Il est évident que ces questions font écho à la morale traditionaliste des pays dits autoritaires (Russie, Chine, pays islamiques, etc…).

Des interdits qui valent d’ailleurs pour une majorité de la population mondiale au nom, en gros, d’une défense contre la décadence et le nihilisme occidental dont les symboles sont aujourd’hui le « genre » et le « woke », ce mouvement issu de la (très légitime) lutte anti-raciste aux USA, qui a muté en une nouvelle forme de délire suprémaciste à la sauce néolibérale, où la lutte politique est noyée dans une compétition victimaire doublée d’une police de la pensée (7).

L’opposition à ce mouvement ne concerne pas seulement les pays culturellement autoritaires et traditionalistes, mais on la retrouve ici même, en Europe de l’Ouest, au sein d’une minorité (l’est-elle encore vraiment?) de plus en plus anti-mondialiste, anti-UE, anti-Otan et anti-US.

La poussée techno-totalitaire.

Nous sommes donc, nous individus occidentaux élevés au biberon de ces fameuses « valeurs » que le monde entier est censé nous envier, au bord du gouffre: le pouvoir techno-totalitaire étend son ombre sur toutes les facettes de nos vies et relègue le politique au rang de folklore, comme la crise Covid l’a si bien démontré, et comme le démontre chaque jour l’omniprésence de la société du spectacle (8) et son cortège de moralistes (9).

La technologie sert alors à surveiller, contrôler, punir, et notifier l’individu de son statut, comme par exemple le fameux crédit social chinois ou le QR code adoré des ségrégationnistes.

La quatrième révolution industrielle.

Mais nous n’en sommes qu’aux préliminaires, et la société « davoisienne » vise à intégrer les outils du contrôle au sein même des individus, à l’image du bétail agricole tagué et constamment soumis à la mesure par l’industrie qui l’exploite.

Ceci fut récemment présenté par la Pape de la société davoisienne lui-même, Klaus Schwab, à travers les principes de la « quatrième révolution industrielle », un prêche issu en droite ligne de la pensée transhumaniste (10):

Supercalculateurs mobiles et omniprésents. Robots intelligents. Voitures à conduite autonome. Améliorations neuro-technologiques du cerveau. L’édition génétique. Les preuves d’un changement spectaculaire sont partout autour de nous et se produisent à une vitesse exponentielle. ….Les précédentes révolutions industrielles ont libéré l’humanité de la traction animale, rendu possible la production de masse et apporté des capacités numériques à des milliards de personnes. Cette quatrième révolution industrielle est toutefois fondamentalement différente. Elle se caractérise par une série de nouvelles technologies qui fusionnent les mondes physique, numérique et biologique, ont un impact sur toutes les disciplines, économies et industries, et remettent même en question les idées sur ce que signifie être humain.

https://thepulse.one/2022/02/04/klaus-schwab-the-4th-industrial-revolution-transhumanism-genetically-modifying-humans/?fbclid=IwAR02REmD8ScDBo89gnYD07bu_FPSKty0-BridOWjUmzD2eI5mn9EhXuo6to

On peut tout imaginer à partir de ceci, du paradis bionumérique peuplé d’êtres magnifiques parfaitement conscients et émancipés, au goulag agronumérique peuplé de bétail humain partiellement robotisé servant d’esclaves à une petite minorité d’analystes-programmeurs « Sapiens+ » (11).

L’expérience récente aurait tendance à privilégier le second scénario, et les promesses en cours sur le remplacement de la monnaie fiduciaire par une monnaie numérique (12), sur les passeports sanitaires numériques, sur le nivellement éducatif par le bas (13) et sur le conditionnement des masses au sein du métavers (14) auraient tendance à le confirmer.

Y a t-il quelque part l’ombre d’un vrai débat public sur ces questions? Non, le pouvoir techno-totalitaire n’a aucune intention de faire autre chose que ce qu’il a lui-même décidé. Pour notre bien, bien sûr.

Ce pouvoir est ce que l’on appelle communément « l’Etat profond », augmenté des moyens technologiques développés par les gafam dans le but, précisément, de créer de la valeur financière à partir de la prédiction des comportements (15). Le nirvana d’Edward Bernays, récupéré à des fins de contrôle social au profit des tireurs de ficelles.

Survivalisme politique.

Ce nihilisme politique est visible dans le cadre de la campagne présidentielle française, vide sidéral au sein duquel s’égrènent quelques grand-messes brossant les militants et militantes dans le sens du poil, tout en évitant les écueils susceptibles de couler une campagne sous le feu d’accusations d’incorrection politique.

Au-delà de la question du comment survivre au nihilisme politique, question à laquelle chacun trouve ses propres réponses s’il en cherche, se pose la question du pourquoi y survivre. Il y a t-il encore grand chose à sauver d’un modèle occidental dont la faillite semble consommée?

Le modèle alternatif aujourd’hui le plus avancé, la Chine, ne semble pas être en proie à de grands mouvements de révolte, ce malgré le traitement parfaitement inhumain qu’inflige aux Chinois le régime de Xi au nom de la politique zéro-Covid.

Le contrat hobbesien (16) entre la population chinoise et le régime repose sur un donnant-donnant: pouvoir d’achat et accès à la consommation contre sentiment de sécurité, le prix à payer étant l’abandon de toute idée de liberté au-delà de ce que le pouvoir est disposé à vous octroyer.

Le politique ayant ainsi disparu au profit de la gestion, toute opposition est perçue comme déviante, irrationnelle, et férocement réprimée. Toute information non conforme est censurée afin de « ne pas polluer le débat », relevant ainsi d’une simple mesure hygiénique.

Je ne suis pas certain que l’activisme numérique ait encore un grand avenir, et la soumission des masses à l’ordre techno-totalitaire me semble globalement acquise. On pourra peut-être encore choisir sous quel Ordre on veut vivre, plutôt « woke » ici ou plutôt tradi-patriarcal là-bas, mais la recherche et la défense de zones libres, sans censure ni Big Brother ni pensée unique, constituera sans doute le nec plus ultra révolutionnaire des années à venir.

Liens et sources:

(1) https://zerhubarbeblog.net/2022/01/06/du-covid-a-la-formation-psychotique-des-masses/

(2) https://www.novethic.fr/actualite/infographies/isr-rse/remplacer-le-gaz-russe-par-le-gnl-americain-le-pire-des-scenarios-climatiques-on-vous-explique-pourquoi-en-une-infographie-150687.html?fbclid=IwAR3ahwY7ini7mcClMUS2p12_BXRqaNtd1LxxpxCjQj1YYlcmMkUBsXGvel4

(3) https://zerhubarbeblog.net/2022/03/01/ukraine-le-retour-du-baton/

(4) https://fair.org/extra/we-think-the-price-is-worth-it/

(5) https://zerhubarbeblog.net/2021/06/12/kafka-et-les-migrants-du-detroit-du-pas-de-calais/

(6) https://www.rtbf.be/article/quatrieme-sacre-pour-viktor-orban-en-hongrie-10968526?fbclid=IwAR0MUKOZ7_KmRsTLffB_xDZ-LmYXwL1wL6XFzsABWNRgAqssHwf7xEZvkrw

(7) https://zerhubarbeblog.net/2021/02/11/la-menace-woke/

(8) https://zerhubarbeblog.net/2022/03/02/du-covid-a-lukraine-bienvenue-dans-la-societe-du-spectacle/

(9) https://zerhubarbeblog.net/2018/04/23/du-liberalisme-au-moralisme-emotif/

(10) https://zerhubarbeblog.net/2015/07/31/transhumanisme-2-0-big-futur-ou-big-delire/

(11) https://zerhubarbeblog.net/2018/06/07/de-sapiens-a-sapiens-du-mythe-a-la-dystopie/

(12) https://zerhubarbeblog.net/2021/02/20/diem-e-yuan-cryptomonnaies-et-banques-centrales/

(13) https://www.causeur.fr/bruno-lafourcade-edgar-morin-jean-vilar-education-nationale-jean-paul-brighelli-honouna-laurent-gaude-jean-jacques-goldman-woke-inclusion-racisme-systemique-229306?fbclid=IwAR2Fm8gSUjV8YhaNwQ4W5ZY-f4yZisdqkrni0YbUGkHa9q74pMgqxF5qmvA

(14) https://zerhubarbeblog.net/2021/12/13/le-metavers-dystopie-techniciste/

(15) https://zerhubarbeblog.net/2020/01/20/nsa-gafam-et-le-capitalisme-de-surveillance/

(16) https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9viathan_(Thomas_Hobbes)

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

2 réponses

  1. Barbara Stiegler est professeure de philosophie politique à l’Université Bordeaux Montaigne. Vice-présidente du Comité d’éthique du CHU de Bordeaux et membre du conseil de surveillance de l’Agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle-Aquitaine, elle est l’auteure de « Il faut s’adapter. Sur un nouvel impératif politique » (Gallimard, 2019) et de « Nietzsche et la vie. Une nouvelle histoire de la philosophie » (Gallimard, 2021). En collaboration avec François Alla et un collectif de chercheurs et de soignants, elle a publié un premier Tract sur la crise sanitaire : « De la démocratie en Pandémie. Santé, recherche, éducation » (2021).

    Toujours avec François Alla, elle publie le Tract « Santé publique année zéro » (Gallimard, 24-03-2022), qui revient sur la crise épidémique, du premier confinement de mars 2020 à aujourd’hui. L’occasion de corriger les malentendus et les accusations qui ont suivi « De la démocratie en Pandémie. Santé, recherche, éducation » et selon lesquels elle aurait défendu la démocratie au prix de la santé. « Il faut se demander ce qu’est la santé publique », souligne Barbara Stiegler.

    Car s’est progressivement installée dans les esprits l’idée que si notre démocratie avait été suspendue, c’était pour notre santé et pour la santé publique. Par un retour historique sur les cinquante dernières années, les auteurs montrent qu’il n’en est rien. La charte d’Ottawa signée en 1986 et les combats des années Sida valorisaient une conception de la santé publique émancipatoire, où le partage des connaissances entre patients et soignants était de mise. Aujourd’hui, c’est une conception libérale transformant le patient en acteur et le responsabilisant – le culpabilisant aussi – qui triomphe. Ainsi, nous dit Barbara Stiegler, la loi dite « Kouchner » de 2002 qui prévoit un consentement libre et éclairé du patient a été  » tout simplement suspendue » lors de la crise du Covid-19.
    https://youtu.be/rJY3himMS90

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