Planète naine Gobelin, un indice de Planète X?

L’hypothétique Planète X est une vieille histoire reprise sous la légende de la planète Nibiru, popularisée dans un contexte New Age par l’écrivian russo-américain Zecharia Sitchin: les (réelles) bizarreries des planètes situées vers l’extérieur du système solaire, notamment Uranus et Neptune, s’expliqueraient par la présence d’une planète massive se promenant encore plus à l’extérieur, la planète X (en fait devenue Planète 9 depuis que Pluton s’est vu retirer de la classe des planètes). Cette hypothèse est tout à fait acceptée par l’astronomie orthodoxe, mais dans la version de Sitchin cette planète nommée Nibiru (nom issu de l’astrologie babylonienne) se rapprocherait de la Terre tous les 3 600 ans, causant par son, passage de graves dérèglements: inversion des pôles, tsunamis, etc…

Des astronomes recherchent une ou des planètes lointaines susceptibles d’expliquer ces bizarreries orbitales. On ne l’a toujours pas trouvée, par contre on trouve de plus en plus de (relativement) petits corps célestes au fin fond de notre système solaire qui disent la même chose: des orbites bizarres pour lesquelles l’explication la plus simple serait la présence d’un corps céleste massif (plusieurs fois la masse de la Terre) influençant ces petits corps qui, s’ils n’étaient pas dérangés de la sorte, tourneraient comme tous les autres: une orbite relativement circulaire dans le plan général des planètes qui composent notre système, dit plan de l’écliptique.

Le 1er octobre de cette année l’Union Astronomique Internationale annonçait la découverte d’une planète naine de 300 km de diamètre, baptisée « Gobelin » (1). Elle fut en fait découverte par l’observatoire Subaru des îles Hawaï en octobre 2015 (d’où son nom portant une référence à Halloween) mais il a fallu un peu de temps pour tout vérifier. Gobelin tourne autour du Soleil sur une orbite très allongée, son aphélie se situant 2 300 fois plus loin du Soleil que ne l’est la Terre (soit 2 300 Unités Astronomiques, UA) , sur une période de 40 000 ans. Une telle orbite semble assez inexplicable sans la présence d’un objet relativement massif dans les parages, et ce n’est que le dernier exemple.

En 2003 les astronomes de l’Institut Technologique de Californie découvrirent un objet nommé Sedna, situé sur une orbite allongée et non-alignée variant entre 75 UA et 1 000 UA, avec une période de 10 000 ans. En 2012 un autre objet nommé 2012VP113 à été identifié à une distance de 446 UA, également sur une orbite allongée et non-alignée. A ceci s’ajoutent un certain nombre de TNO (Trans-Neptunian Objects), des objets se baladant du côté de la ceinture de Kuiper, à une distance comprise entre 30 et 55 UA.

Plusieurs astronomes ont récemment proposé (ou re-proposé) l’existence d’une planète inconnue. Rodney Gomes de l’Observatoire National de Rio de Janeiro le proposait en 2012, suivi en 2014 par Chadwick Trujillo du Gemini Observatory de Hawaï et Scott Sheppard du Carnegie Institution for Science à Washington DC, qui publièrent un article dans Nature (2).

En janvier 2016 Mike Brown et Konstantin Batygin du California Institute of Technology (Caltech) de Pasadena utilisèrent les plus récentes données sur six TNO « extrêmes » pour proposer une Planète X qui se situerait à une distance du Soleil de l’ordre de 400 à 500 UA, sur une orbite décalée de l’écliptique de 18° à 25° et dont la période autour du soleil serait d’au moins 10 000 ans.

A l’heure actuelle on connait près de 2 000 TNOs dont seule une poignée pourrait être influencée par Planète X (ou 9 pour les modernes). Certains ont des orbites tellement allongée qu’ils arrivent près de l’orbite de Neptune au périgée (point le plus proche du Soleil) et devraient logiquement se trouver happés par notre étoile s’il n’y avait pas un « contre-poids » quelque part.

Cela dit, une étude statistique menée par le Outer Solar System Origins Survey (OSSOS), à l’origine de la découverte de plus de 800 TNOs, a montré que le fait de pointer les télescopes vers certaines régions du ciel – éloignées de l’écliptique comme de la Voie Lactée afin d’obtenir les meilleures conditions d’observation  – créait un biais statistique pouvant faire penser que les TNOs ainsi observés étaient spéciaux (sous influence d’un objet) alors qu’en fait on trouve de tels objets ailleurs, sans influence possible de ladite planète. En même temps une équipe espagnole démontrait que les nodes des orbites de 28 TNOs très allongés – là où leurs orbitent traversent l’écliptique – ne sont pas distribués de manière aléatoire, mais en accord avec la présence d’un objet massif à l’autre bout…

Un autre mystère pouvant être associé à la Planète X est le léger décalage observé entre l’axe de rotation du soleil et le plan de l’écliptique, de l’ordre de 6°. Logiquement, l’axe du Soleil devrait se trouver parfaitement perpendiculaire à l’axe sur lequel tournent les planètes connues du système solaire, alors pourquoi ce décalage? En 2016 Mike Brown et Elizabeth Baily, de Caltech, proposèrent calculs à l’appui que la présence de Planète X (ou 9, mais c’est quand même moins sexy), avec l’orbite inclinée qu’on lui suppose, aurait par un effet de couple fait pivoter l’ensemble des planètes par rapport au Soleil. Ce n’est donc pas le Soleil qui aurait modifié son axe, c’est l’ensemble des planètes qui aurait été affecté par cette sœur lointaine.

Bref, voici une situation qui peut durer longtemps car il est quasi impossible de prouver définitivement la non-existence d’une Planète X. On peut toujours la rater, ne pas la voir car trop proche (visuellement parlant) d’une étoile, ne pas avoir un télescope assez puissant si elle est plus proche de son aphélie que de son périhélie. Si sa période est de l’ordre de 10 000 ans en effet, soit le temps qui nous sépare de l’époque Néolithique, et qu’elle se situe dans la partie éloignée de l’orbite il faudra peut-être attendre quelques siècles encore pour l’apercevoir. Mais Mike Brown est confiant, il pense que la réponse se trouve dans les masses de données des télescopes et qu’avec assez de puissance de calcul et les bons algorithmes, on finira par la trouver.

En attendant, les Gobelins continuent de tourner et de ricaner dans la pénombre de la grosse citrouille que nous appelons Soleil.

 

Notes:

(1) https://www.newscientist.com/article/2181371-distant-dwarf-planet-called-the-goblin-could-point-to-planet-x/

(2) https://www.nature.com/articles/nature13156.epdf?referrer_access_token=IHkYonjp3QXwVHwtYXzo3tRgN0jAjWel9jnR3ZoTv0MR4M95y5cI5IA6NAQnvnEYdf_z4oQluYFbQcQer54Cp1YLm939lirhCDBNJwODlAlkFpvTgm-bJgR03ufTQWeMfepwGlstQ6cRIevvDVY-0Rhgfi8tsyojfJqB4jKCErEimr0cFrggc5cEfh-ckPA1NDYc_Sn6HfTdM4KoHgpUrjT90zkU7Nq5zwPUTpkr8X4ofX4h8TqFBGIEgBIScuf9PleKjoLxIm3cDMnhxbmHOPFrk94nYN5jnIg-Bt-lDk4%3D&tracking_referrer=www.newscientist.com

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