Bitcoin, un avenir en or ou arnaque du siècle?

Bitcoin, la cryptomonnaie emblématique par excellence, celle dont à peu près tout le monde a entendu parler. Demandez à n’importe qui sachant en gros ce que c’est, ce qu’il ou elle en pense, et les réponses iront de la grosse arnaque à l’or numérique du futur. Une différence d’opinion que l’on retrouve également chez les pros de la et du trading, là où certains ne jurent que par lui, et d’autres y voient un simple joujou spéculatif qui, certes, permet à certains de s’enrichir, mais qui ne sera jamais la réserve de valeur envisagée par son mystérieux autant que génial créateur, Satoshi Nakamoto,

Il existe aujourd’hui des milliers de cryptomonnaies servant toutes sortes de marchés, spéculatifs ou non. Les sites qui décrivent ces « cryptos » ne manquent pas donc je ne m’y attarde pas, car le reste un cas particulier, et c’est cette particularité qui fait son intérêt, au moins à titre philosophique.

Le principe de la réserve de valeur.

Le principe d’une réserve de valeur est que l’on ne peut pas la copier (en faire des faux) et que sa quantité est grosso modo connue, et rare. Ce qui est le cas de l’or et des matières précieuses, l’or étant la réserve de valeur par excellence.

L’or fut d’ailleurs longtemps ce sur quoi les principales monnaies étaient basées, c’est-à-dire convertibles en or. Ce système fut modifié après la guerre, où seul le dollar américain maintenait une (très théorique) convertibilité en or, et les autres monnaies (occidentales du moins) seulement convertibles en dollars.

Ceci fut arrêté par Nixon en 1971 car il n’y avait plus vraiment assez d’or pour soutenir une masse monétaire en pleine expansion, et l’or devint alors une valeur refuge, un investissement de long terme peu risqué. Mais, les banques centrales des pays méfiants de l’hégémonie monétaire américaine ont continué à amasser de l’or, et notamment les banques russes et chinoises, en prévision de ce qui vient de se passer dans le cadre de l’invasion russe en Ukraine: l’usage du dollar en tant qu’arme de guerre, sous la forme de la confiscation des avoirs en dollars.

La Russie vient de perdre quelques 300 milliards de ses fonds du fait de cette confiscation (de l’argent russe détenu par des banques occidentales), d’où la mise en place du plan B avec le rétablissement de l’or comme support du rouble, et comme monnaie d’échange de dernier recours pour solder les transactions internationales.

Structure du Bitcoin.

L’idée de Satoshi est que le pourrait jouer le même rôle, dans une économie numérisée, que celui de l’or, et avec l’avantage de la transparence et de la décentralisation. Contrairement à l’or en effet, qui est caché au fond de coffres difficiles d’accès et dont les montants réels détenus par les banques centrales peuvent diverger des montants déclarés (notamment dans les pays, comme la Chine, qui opèrent des mines d’or), le Bitcoin est construit sur base d’un registre partagé dit « Blockchain ».

Les échanges de se font de point à point (sans passer par un système central qui serait sous le contrôle d’un Etat), et chaque transaction est inscrite en temps réel au sein de ce registre, dont tous les membres du système ont une copie.

Toute triche sur une copie locale du registre est donc détectée immédiatement, en théorie du moins, du fait qu’elle ne « colle » plus avec les autres copies du registre. Et, en même temps, l’état du réseau (nombre de Bitcoins, nombre de transactions, etc…) est connu de tout le monde, ce qui mène à la seconde caractéristique essentielle de cette monnaie: le mode de production et la limite supérieure du nombre de Bitcoins.

Comme l’or, le se « mine » numériquement parlant, c’est-à-dire que chaque Bitcoin nait d’une série de calculs complexes, et de plus en plus complexes (donc gourmand en énergie) au fur et à mesure que l’on se rapproche du dernier Bitcoin possible, le numéro 21 000 000. 98% de tous les Bitcoins seront « minés » d’ici 2030, mais le dernier ne le sera sans doute pas avant 2140 (1).

C’est donc la prévisible rareté (contrairement à la vaste majorité des autres cryptomonnaies, qui n’ont pas de plafond en termes de masse monétaire) et l’énergie requise pour l’opération de minage, qui donne sa valeur nominale au Bitcoin. La fait le reste, celle-ci étant notamment le fait de gros investisseurs (appelés « baleines » dans le jargon), comme les banques ou les fonds de pension, dotés d’outils informatiques très puissants, qui manipulent le marché afin d’en extraire le plus de bénéfice possible.

Intégration dans le système financier.

Autant le a une réputation sulfureuse associée au blanchiment et achats illégaux, autant la réalité est nettement plus prosaïque et l’accès au Bitcoin, et aux cryptos en général, se fait le plus souvent dans la plus parfaite légalité. En France, les plateformes d’achats (par exemple Deskoin.com) sont soumises à certification par l’autorité des marchés financiers. Et le plus gros exchange mondial (bourse d’échange de cryptos), Binance, vient d’obtenir son accréditation PSAN (Prestataire de Services sur Actifs Numériques) via cette même AMF (2).

Les Etats ont un positionnement ambigu face aux cryptos en général et au en particulier: c’est en même temps un concurrent des monnaies fiat officielles, une potentielle réserve de valeur, et un actif spéculatif au même titre que la bourse classique. Ils veulent donc le réguler, au pire l’interdire, et donc casser l’une des promesses initiales qui est justement l’Indépendance vis-à-vis des Etats.

La Chine interdit désormais le Bitcoin, au motif de la consommation énergétique des sociétés de minage (3) sur son sol (qui ont toutes déménagé sous des cieux plus cléments) mais, surtout, du fait de la concurrence avec sa propre monnaie numérique d’Etat, le E-Yuan.

Sachant que l’Europe et les USA planchent également sur des monnaies numériques centralisées, aux répercussions graves sur les libertés individuelles (4), l’avenir du Bitcoin, du moins sous sa forme légale, reste incertain.

En contre-exemple, le Salvador a adopté l’an dernier le au titre de monnaie légale, permettant de faire des achats courants, et s’est fait tance par le FMI pour mise en danger de la stabilité du système financier international. Le Salvador cherche ainsi une indépendance face à la domination du dollar.

Un autre pays vient de prendre la même décision, la Centreafrique, cette fois pour s’émanciper de la domination coloniale du franc CFA (5). Des exemples certes marginaux, mais les effets pervers du colonialisme financier en Afrique, via le franc CFA ou du dollar, alimentent déjà un mouvement en faveur des cryptomonnaies (6).

Une promesse en devenir.

La volatilité extrême du Bitcoin, du fait notamment des manipulations des « baleines », fait qu’il semble mal placé pour être utilisé en tant que monnaie quotidienne, même si certains produits technologiques ou de luxe sont désormais payables en Bitcoin (7). Il est également possible d’obtenir des cartes de débit Bitcoin (comme c’est possible avec de l’or via, par exemple, la société Veracash), où le prix payé en monnaie fiat (euro, dollar, etc..) au vendeur est converti en Bitcoin et débité du compte Bitcoin de l’acheteur.

C’est encore pire du point de vue de la réserve de valeur, celle-ci oscillant depuis quelques mois entre 60 000 et 30 000 dollars le Bitcoin, ce qui doit donner quelques sueurs froides aux petits investisseurs! Ceux et celles qui ont eu l’intelligence d’investir dès le début (dont je ne suis pas, snif) ont fait des fortunes, mais ce temps-là est révolu et l’avenir incertain.

Pour les apôtres du Bitcoin, tel Max Kaiser, le Bitcoin atteindra une valeur de l’ordre de 250 000 dollars d’ici quelques années, une fois que le marché aura compris qu’il s’agit là d’un véritable or numérique. Pour d’autres, et sans doute la majorité des investisseurs, c’est un actif spéculatif à haut risque qui ne fera jamais concurrence au métal jaune physique.

Et c’est là la question centrale: que va devenir le Bitcoin dans les années à venir, au vu des vulnérabilités du système financier actuel et du prix de l’énergie.

La crise en Ukraine et la confiscation des actifs russes est une action démente de la part du camp du Bien, au sens où cela tue le dollar et l’euro en tant que réserves monétaires neutres. Les pays qui ont à craindre, un jour ou l’autre et pour quelque raison que ce soit, des sanctions dirigées par les USA, vont désormais tout faire pour réduire leur exposition à ces monnaies, comme la Russie le fait actuellement, et comme la Chine le fait depuis longtemps via la création d’un système financier alternatif indépendant du dollar.

Un contre-coup du « quoi qu’il en coûte »?

De manière plus générale, l’usage effréné de la planche à billets par, notamment, la FED et la BCE, menant à un gonflement artificiel de la masse monétaire, et surtout depuis deux ans au nom du « quoi qu’il en coûte » (8)), se traduit aujourd’hui par une massive et une dévaluation de fait (selon la plupart des experts, les USA vont entrer en récession dans les mois à venir).

Le Bitcoin a alors pour lui un plafond sur sa masse monétaire (les 21 millions de Bitcoins), ce qui limite l’effet inflationniste de la planche à billets (9), et pourrait servir de valeur refuge pour des économies dont les monnaies fiat partent en vrille. Tout comme l’or sert aujourd’hui de support au rouble.

Bien malin qui peut prédire l’avenir, et ce n’est certainement pas le but de cet article, mais les récents évènements partant de l’invasion russe en Ukraine démontrent que des changements profonds s’opèrent au sein du système financier mondial. L’hégémonie du dollar vit sans doute ses derniers instants, entrainant avec lui l’euro et le yen, et la création d’un système parallèle basé sur le yuan, le rouble et l’or. Et peut-être le Bitcoin, à terme.

Liens et sources:

(1) https://www.buybitcoinworldwide.com/fr/bitcoin-clock/

(2) https://finascope.fr/innovation/binance-obtient-son-autorisation-en-france/

(3) https://selectra.info/energie/actualites/insolite/bitcoin-consommation-electricite#:~:text=La%20consommation%20annuelle%20d’%C3%A9nergie,de%20Bitcoins%20dans%20le%20monde.

(4) https://zerhubarbeblog.net/2021/02/20/diem-e-yuan-cryptomonnaies-et-banques-centrales/

(5) https://www.capital.fr/crypto/apres-le-salvador-un-autre-pays-adopte-le-bitcoin-comme-monnaie-1434961#:~:text=Le%207%20septembre%202021%2C%20le,et%20la%20protection%20des%20consommateurs%22.

(6) https://afrique.latribune.fr/think-tank/tribunes/2021-11-10/regulation-des-crypto-monnaies-en-afrique-etat-des-lieux-896065.html#:~:text=Aucun%20pays%20africain%20ne%20reconna%C3%AEt,sont%20pas%20des%20monnaies%20l%C3%A9gales.

(7) https://www.investopedia.com/what-can-you-buy-with-bitcoin-5179592

(8) https://zerhubarbeblog.net/2022/01/17/macron-et-la-politique-du-pire-quoi-quil-nous-en-coute/

(9) https://zerhubarbeblog.net/2020/10/06/le-mystere-de-largent-magique/

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

7 réponses

  1. EL Cantor

    Les cryptos à commencer par l’USDC permettent aux Russes de contourner les sanctions….Ils s’y mettent avec frénésie….

  2. Alors qu’un vent de panique souffle sur les crypto-monnaies et les marchés boursiers, Charles Hoskinson, fondateur de la crypto-monnaie Cardano (ADA), se montre très tranchant à l’égard des institutions et des gouvernements. « Il est temps pour eux d’être honnêtes et d’assumer la responsabilité de la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement », déclare-t-il dans une vidéo.
    https://fr.businessam.be/le-fondateur-de-cardano-leconomie-mondiale-va-seffondrer-car-elle-ne-peut-pas-se-maintenir/

  3. Alors que la Centrafrique vient d’adopter le bitcoin comme monnaie officielle, Kristalina Georgieva, la directrice générale du FMI a, une nouvelle fois, plaidé pour la mise en place d’une réglementation mondiale des crypto-actifs. Au risque de voir l’économie de pays émergents s’effondrer. 🌍🔎👇
    http://ow.ly/mn5U50J6qH6

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