Du WEF au WTF, le mondialisme mais Empire.

La semaine du World Economic Forum se termine ce soir avec les autocongratulations de la Secte qui, dans les mots de Bruno Le Maire, ayant survécu au Covid, aux confinements, à l’inflation, à la récession et à la guerre en Ukraine, est toujours là pour discuter de l’avenir du monde. Malheureusement. Non pas parce que tout ce qui se dit à Davos serait indigne du moindre intérêt, mais parce que l’arrogance, l’hypocrisie et l’idéologie technocratique totalitaire caractérisant la vaste majorité des personnages de premier plan qui s’y produisent, permet de comprendre à quel point le monde se porterait mieux sans eux.

«La seconde bonne nouvelle, c’est que l’Europe, ces trois dernières années, est devenue une superpuissance politique», a encore osé Bruno. J’imagine que les gens riaient sous cape. Ou peut-être pas, vu la crétinisation avancée de l’auditoire typique davosien.

Les bonnes nouvelles de Bruno Le Maire

« Nous, l’élite occidentale » avons tout réussi, en somme. Alors que la catastrophe covidienne est essentiellement le fruit de l’ineptie et de la corruption de cette « élite », que l’inflation galopante qui ruine l’Europe est le fruit de leurs décisions économiques et des sanctions anti-russes, qu’en Ukraine tout ce que nous faisons c’est faire durer le massacre au bénéfice des marchands d’armes et des intérêts américains, et que l’Europe, ou plutôt l’EuroSoviet vu que tout se décide à Bruxelles, est désormais un simple vassal de la volonté US. Quel bouffon, quel What the fuck magistral devant les troupes du Great Reset s’applaudissant entre elles.

L’Ukraine étant aujourd’hui, après le Covid, le creuset dans lequel se forge la dystopie de demain car susceptible de justifier tout et n’importe quoi y compris la guerre nucléaire, la suite de ce billet est composée de quatre vidéos, dont trois issues des conférences du WEF23 à Davos, le tout permettant de saisir l’écart entre l’analyse raisonnable des uns, et le délire des autres poussé à un point qui frise l’eschatologie, ou désir de la fin du monde.

La meute des chacals.

Le panel sur « La paix et la sécurité » de ce 18 janvier présente une belle brochette de psychopathes: Andrzej Duda, le président polonais d’extrême-droite qui veut une guerre totale contre la Russie, Jens Stoltenberg, le SG de l’Otan dans le rôle d’une marionnette sanglante au service du complexe militaro-industriel américain, Chrystia Freeland, vice-première du Canada sniffant la même came que Trudeau, Yuliia Svyrydenko vice-première de l’Ukraine à la botte de Zelensky, et Avril Heines, directrice du renseignement national US et ex-directrice adjointe de la CIA, sous Obama. Une tueuse en robe de velours.

Toutes et tous militent pour une guerre longue et un réarmement permanent de l’Ukraine, au mépris des dizaines ou centaines de milliers de morts supplémentaires que cela implique. Stoltenberg est tout de suite parti en vrille, répétant que l’Ukraine allait entrer dans l’Otan, mais qu’entre-temps la priorité était d’imposer une défaite aux Russes, « coupables » d’agression illégale, et qu’une victoire de leur part enverrait un signal aux autres dirigeants autoritaires que l’usage illégal de la force leur permet d’arriver à leurs fins.

Personne, évidemment, ne va lui parler de l’Afghanistan, de l’ ou de la Libye: l’important c’est le narratif, pas les faits.

La meute regrette certainement la décision prise aujourd’hui par les en Allemagne, refusant pour le moment d’envoyer des chars lourds Abrams, et permettant aux Allemands de refuser à leur tour l’export des Leopards 2 en Ukraine – chose expressément demandée par les Polonais. Zelensky est vert, il va sans doute devoir faire quelques concessions de plus à ses maîtres.

Le troll Yermak.

Andrey Yermak, le chef de l’administration présidentielle ukrainienne et personnage sulfureux (1), pose à Davos les conditions d’une paix dans le conflit entre l’Otan et la Russie qui se joue sur son territoire.

Comme d’habitude, un exercice de rhétorique qui exige, entre autres, le retrait complet des troupes russes y compris de la Crimée et un bouclier aérien complet (missiles, avions, etc..) de l’Otan, mais qui ajoute le rapatriement de plus d’un million d’Ukrainiens depuis les camps de concentration russes en Sibérie.

https://fb.watch/iaBE-xZoES/

https://www.facebook.com/worldeconomicforum/videos/774762787573403/

(Impossible de trouver une autre source que Facebook pour cette vidéo).

Il y aurait un million de civils ukrainiens déportés dans des camps en Sibérie? Il y a de fait près de deux millions de réfugiés ukrainiens en Russie (le plus gros contingent de refugiés), et les allégations de déportations sauce goulag sont monnaie courante dans la propagande euro-atlantiste depuis au moins avril 2022, mais Yermak présente ici la chose comme s’il s’agissait d’un fait, sans que personne ne bronche.

Yermak insiste sur l’importance de la charte de l’ et du droit international. Personne ne le questionne sur les bombardements ukrainiens dans le Donbass depuis 2014, ni des évidentes et documentées infractions à ce droit par le SBU, la et les milices ukrainiennes à l’encontre de supposés « ukrainiens pro-russes », de la torture de prisonniers russes, de l’interdiction de la langue et de la culture russe, et des attaques contre l’église orthodoxe russe en Ukraine.

Il est évident que Yermak et ses maîtres ne veulent pas la paix, sinon ils n’imposeraient pas des conditions impossibles. Le business de la guerre est bien trop juteux pour ceux et celles qui sont bien placées. L’important c’est le narratif, pas les faits.

Kissinger, le retour.

Kissinger s’est aussi exprimé sur le conflit en Ukraine, en visio, avec un discours plus nuancé. Quoi que l’on pense de lui, il a sans doute l’âge et l’expérience pour être un peu moins con que les autres sur ces questions, et son avis est qu’il faut rechercher un cessez-le-feu sur base de la réalité du terrain, et ce rapidement avant d’en arriver à une escalade fatale.

Une fois ceci acquis, il pense qu’il y aura une négociation politique entre l’Occident et la Russie, susceptible de faire bouger les lignes mais à condition de laisser une vraie place à la Russie dans le concert européen.

Le Prof Richard Wolff.

Le Prof Richard Wolff est Professeur Emeritus d’économie à l’université du Massachusetts, et fondateur de at Work, une association militant pour la dans le monde du travail, et la lutte contre les inégalités. Il est l’auteur du livre « La crise du capitalisme se creuse » (Capitalism’s crisis deepens).

Il est ici invité par la chaine allemande acTVism sur la question des aspects économiques de la guerre en Ukraine. Son premier constat est qu’il s’agit en fait de deux guerres menées de front:

D’une part, une guerre militaire entre la Russie et l’Ukraine comme proxi de l’Otan, où la Russie a l’avantage militaire tant que l’Otan n’entre pas de plein pied (cad avec une vraie armée) dans le conflit, ce qu’il ne fait pas pour l’instant par crainte d’une escalade nucléaire.

D’autre part, une guerre économique entre les USA (et ses vassaux occidentaux et japonais) et la Russie, qui se déroule sur le terrain des sanctions et des alliances géopolitiques. Une guerre que les USA (et l’Occident) pensaient gagner rapidement vu l’énorme décalage entre la puissance économique russe et américaine (le PIB du second étant de l’ordre de 20 fois celui du premier), mais que la Russie refuse de perdre grâce à ses alliances avec, notamment, la Chine et l’Inde, alliances préparées à l’avance vu que les Russes ont l’habitude d’être sous sanctions US (2).

L’argument euro-atlantiste selon lequel la Russie doit être punie pour ne pas jouer « selon les règles du Droit international » le fait rire, et citer le nombre de fois où les USA, avec ou sans l’aval de l’ONU, ont piétiné ces fameuses règles parce que cela les arrangeait, sans en être jamais inquiété pour autant.

Il parle des conséquences dramatiques pour l’Europe (dont les USA se fichent complètement) en termes d’énergie et donc de compétitivité économique d’une part, mais surtout de son statut de victime collatérale de la lutte pour sa survie d’un Empire américain sur le déclin, devant faire face pour la première fois en un siècle, à un concurrent séreux: la Chine.

Une Chine qui agrège les pays mécontents de l’hégémonie américaine via, notamment, les BRICS et l’Organisation de coopération de Shangaï.

Richard Wolff apporte ici une analyse instruite et cohérente face au délire hypocrite et suicidaire des euro-atlantistes, du point de vue d’un universitaire américain – véritablement – démocrate. Il est sur la même ligne que cet autre professeur américain, John Mearsheimer, qui prévient de longue date que la politique de l’Otan depuis le début des années 2000 mènera à la guerre (3).

Les enjeux de la corruption ukrainienne.

Avant l’invasion russe, il était banal de parler de l’Ukraine comme d’un pays fortement corrompu où se livrent des joutes de pouvoir entre mafieux de haut vol. La propagande euro-atlantiste a changé la donne, comme le savent tous ceux et celles qui s’intéressent à la question depuis au moins 2014:

Depuis février 2022, il est devenu impossible pour tout intervenant médiatique d’émettre une critique de l’Ukraine sans être accusé de faire le jeu de la Russie.

L’Ukraine est devenue comme par enchantement un pays merveilleux, romantique, qu’il faut défendre à tout prix, y compris avec le sacrifice de notre économie.

L’Ukraine est belle, c’est une vraie démocratie, un État de droit impeccable. Nul ne peut contester ce récit d’un nouvel Eden qui doit, forcément, intégrer au plus vite l’Union européenne grâce à la recommandation expresse de Mme Ursula von der Leyen. Fermez le ban !

Pourtant, il y a un peu plus à voir. La réalité est tout autre. Depuis trois décennies, l’Ukraine est un État infréquentable, dirigé en coulisses par des oligarques féodaux qui n’hésitent pas à recourir à la violence, sans aucune humanité, ni respect du droit des affaires.

Ces oligarques captent la richesse publique, tuent leurs opposants, exploitent la misère de leurs compatriotes, dont certains sont contraints de recourir, bien qu’adolescents, à la prostitution, et saignent leur pays depuis 30 ans…

https://www.francesoir.fr/opinions-tribunes/l-ukraine-infrequentable-les-preuves-de-l-union-europeenne

La guerre n’a pas arrêté cette gangrène, bien au contraire: l’afflux d’argent, d’aides et d’armes fait la fortune des mafieux qui en détournent une partie, pour la revendre ailleurs. Le récent crash d’hélicoptère à Brovary, près de Kiev, tuant le ministre de l’Intérieur ukrainien Denys Monastyrsky, attribué par les euro-atlantistes à un possible attentat russe, serait selon ce militaire ukrainien, un règlement de compte interne au régime:

Selon cette source non anonyme, le ministre de l’Intérieur Denys Monastyrsky (avocat de métier) décédé dans le crash (avec quinze autres personnes, dont des enfants au sol) menait une guerre sans concessions contre la mafia de la drogue (nommée ici KhimProm), dans laquelle trempent bon nombre d’officiels.

Il aurait été éliminé sur ordre du General Maxim Marchuk (qui semble être un officier du renseignement ukrainien) au profit, toujours selon cette source non anonyme, du retour de l’ancien ministre Arsen Avakov, le n°2 du régime qui avait brutalement démissionné en juillet 2021.

Les pressions ayant mené à cette démission ne sont pas connues (enfin, pas publiques), mais Avakov avait la haute main sur la police et la garde nationale, les garde-frontières et les services de secours, soit plusieurs centaines de milliers de fonctionnaires armés (4).

« Il a notamment été accusé de corruption et de fermer les yeux sur de nombreux abus des forces de l’ordre, ce qu’il a toujours nié. Des critiques lui reprochent aussi l’échec de la réforme de la police, lancée en grande pompe en 2015 à l’aide de plusieurs pays occidentaux mais désormais au point mort. »

Vu ses fonctions, Avakov fait très probablement partie de cette corruption institutionnelle omniprésente en Ukraine, On verra s’il retrouve demain un poste à sa hauteur.

Les liens troubles du clan Biden avec le régime ukrainien.

Ceci devient un peu un marronnier du moment, mais côté américain l’affaire est loin d’être close: quels sont les liens entre Joe Biden, notamment en sa qualité de vice-président sous Obama, son fils Hunter, et le régime ukrainien depuis 2014 et le coup d’Etat pro-occidental? En échange de quoi Hunter était-il payé un million de dollars par an par la société nationale Burisma? Cette sortie de Joe Biden, parlant de la manière dont il a pu obtenir, en tant que VP, le remplacement d’un juge ukrainien qui se penchait un peu trop sur les affaires de son fils, interroge (5).

L’énormité des sommes investies en Ukraine depuis février 2022, de l’ordre de cent milliards de dollars (6), majoritairement d’origine US, n’a pas de rapport avec la gravité, pour l’Occident, d’une invasion régionale par un pays qui n’est une « menace globale » que dans le narratif propagandiste des euro-atlantistes. Une solution politique aurait pu être trouvée rapidement si l’Occident l’avait voulu. On se doute bien que, comme dans l’affaire des contrats pharmaceutiques covidiens, l’aspect corruption joue un rôle majeur dans la dilapidation des fonds publics au profit d’opérateurs du Grand Capital.

Liens et sources:

(1) https://news.yahoo.com/behind-yermak-case-threatens-ukraine-203900239.html

(2) https://zerhubarbeblog.net/2022/02/07/4-fevrier-2022-premier-jour-de-lere-de-la-domination-sino-russe/

(3) https://lesobservateurs.ch/2022/03/14/john-j-mearsheimer-pourquoi-la-guerre-en-ukraine-est-la-faute-de-loccident/

(4) https://www.lalibre.be/international/europe/2021/07/13/le-puissant-ministre-de-linterieur-ukrainien-presente-sa-demission-INDQBIJI2BBHNGKKWDBTSBBZM4/

(5) https://www.c-span.org/video/?c4820105/user-clip-biden-tells-story-ukraine-prosecutor-fired

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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