Principes de conscience?

Qu’est ce que la conscience, d’où vient-elle et à quoi sert-elle, des questions récurrentes traitées sur ce blog à travers les travaux et hypothèses de chercheurs, psychologues et philosophes. Deux grandes approches s’opposent, celle postulant l’existence d’une conscience ontologique de l’univers s’incarnant dans les objets naturels et/ou les êtres vivants. L’autre postulant que la conscience est l’image d’une structure interne permettant son émergence.

La première, outre qu’elle ressemble au point de vue disons « mystique » sur la conscience, est également l’objet de recherches menées notamment par Donald Hoffman et présentées dans cet article « Le dur problème de la conscience » (1). La seconde est étroitement liée au concept de Integrated information theory of consciousness (2), théorie publiée par le neurologue Giulio Tononi en 2004 (la version 3.0 étant publiée en 2014) qui propose que le fait conscient est déterminé par les propriétés causales de la structure (en l’occurrence, neurologique) qui le sous-tend.

L’intérêt de cette approche, largement reconnue aujourd’hui dans le domaine scientifique, est qu’elle permet des prédictions a priori vérifiables. Elle se fonde sur cinq grands principes, on pourrait dire cinq axiomes reconnus comme vrais à travers l’expérience que chacun.e peut avoir de la conscience. La théorie montre ensuite par quel type de mécanisme il serait possible d’arriver à ces principes, et donc de démontrer également quels genres de structures sous-jacentes peuvent, ou non, devenir conscientes.

Les cinq principes.

Le premier est l’aspect intrinsèque, privé de l’expérience consciente. Je sais que je suis conscient mais je ne peux pas l’observer ailleurs.

Ensuite l’aspect structuré. L’expérience consciente est un mix: le soleil dehors, le bruit ambiant, le poids du sac, la gare qui se dessine devant nous. Chaque élément tient une place dans une image structurée et combinatoire: j’expérience la couleur bleue, la présence du ciel, le ciel bleu.

Troisièmement l’expérience consciente est spécifique, confère une information aussi bien additive que soustractive: la chambre avec un lit a la même « valeur », et est parfaitement différenciée de la chambre sans lit.

La conscience est intégrale, ou unifiée: on ne peut pas diviser une scène en sous-ensembles. Un mur rouge ne se divise pas en un mur et la couleur rouge.

Enfin, l’expérience consciente est exclusive: elle n’existe qu’avec les caractéristiques qui lui sont propres à l’instant où elle a lieu. Même si une expérience consciente ne dure que quelques millisecondes telle que mesurée de l’extérieur, l’expérience elle-même existe indépendamment de toute notion externe de mesure.

Partant de ces axiomes que chacun.e est invitée.e à tester et à explorer afin de se convaincre de leur pertinence, Tononi dérive cinq postulats qui décrivent autant de caractéristiques que doit démontrer tout système potentiellement conscient. Il propose ainsi que la clé d’un système conscient réside dans son architecture causale: un système doté d’une forte capacité rétro-causale (ou de feedback, la « sortie » nourrissant l' »entrée ») peut être conscient, sinon il ne le peut pas. En l’occurrence, un ordinateur construit selon l’architecture classique, avec des modules spécialisés et très différentiés, ne peut pas en principe, selon la logique de Tononi, développer une capacité consciente.

Les postulats de la conscience.

Les cinq postulats de Tononi sont examinées dans un récent livre publié par le chercheur et collègue de Tononi, Christof Koch, connu pour ses travaux en neurosciences avec Francis Crick (prix Nobel pour la découverte de l’ADN), intitulé The Feeling of Life Itself (Le sentiment de la vie elle-même).

Le premier principe dit qu’un système conscient doit avoir une existence intrinsèque démontrable par un lien de cause à effet. Comme le disait Platon, quelque chose n’existe que si elle peut influencer ou être influencée par autre chose, mais dans le cas de la conscience il n’y a pas d’observation extérieure permettant d’observer un lien causal. Elle n’agit que sur elle-même, c’est ce que dit le premier axiome.

Pour sortir de là il faut postuler que la conscience agit sur elle-même à travers une structure causale, le fameux feedback. Un système conscient doit donc avoir un haut niveau de feedback, ce qui est particulièrement le cas de la zone du cortex cérébral postérieur, là où les neuroscientifiques pensent que se situe le siège de la conscience.

Une structure qui n’existe pas, par contre, dans l’architecture informatique telle que nous la connaissons, et c’est là où il faut différencier entre la conscience et la simulation de la conscience. A priori nous sommes conscients, un ordinateur ne peut pas l’être du fait de sa structure mais cela ne l’empêche pas, en principe, de simuler l’existence d’une conscience.

Ce qui nous ramène à l’argument de simulation précédemment discuté (3), mais qui n’est pas le sujet des travaux de Koch et Tononi…

Les autres postulats décrivent les conditions nécessaires pour obtenir les axiomes ci-dessus: Composition, c’est-à-dire le fait que tous les sous-ensembles du système conscient doivent établir des boucles causales entre eux: un système composé de ABC doit avoir les boucles causales AB, AC, BC et ABC.

Les trois derniers postulats (Information, Intégration et Exclusion) décrivent les caractéristiques fondamentales de tout système pouvant répondre aux axiomes de départ. Et tout système conscient, donc, ne peut l’être que s’il répond à ces différents postulats.

Réalité = causalité externe + causalité intrinsèque.

Le degré de conscience d’un système conscient est fonction de la puissance de ces boucles causales, et se « mesure » par la quantité phi. Fondamentalement, l’expérience (consciente) est déterminée par la forme de la structure conceptuelle dans l’espace causal, et l’intensité de l’expérience est déterminée par l’irréductibilité (pour faire simple, la puissance, phi) de cette structure.

Des expériences avec des « êtres » virtuels nommés Animats, dotés de petits intelligences artificielles sous forme de boucles causales, tend à montrer que les Animats qui « apprennent » le mieux sont ceux avec les boucles causales les plus performantes. De cela on peut déduire que la conscience est un avantage évolutif permettant une meilleure adaptation et compréhension de l’environnement.

Cette théorie reconnait tout à fait l’existence de la conscience animale, chaque espèce ayant un phi basé sur la puissance de sa structure causale interne. Elle permet également la distinction entre l’absence de présence (l’inconscience) et la présence d’absence (la conscience pure, débarrassée des sensations et de la mémoire).

Pour Koch, la réalité est entièrement décrite par les deux formes de causalités: la causalité externe nécessaire au monde physique et la causalité interne, intrinsèque, nécessaire à la conscience (4).

Liens et sources:

(1)

(2) https://en.wikipedia.org/wiki/Integrated_information_theory#:~:text=Integrated%20information%20theory%20(IIT)%20attempts,having%20(see%20Central%20identity).

(3)

(4) https://www.newscientist.com/article/mg24432540-200-how-does-consciousness-work-a-radical-theory-has-mind-blowing-answers/#ixzz64XPPqUT4

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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