Climat, surpopulation etc…: le problème du diagnostic.

Le monde actuel ne manque pas de problèmes, tout comme il ne manque pas de diagnostics. Mais il manque sans doute de bons diagnostics, de ceux qui découlent d’analyses raisonnables plutôt que de postures idéologiques, et qui permettent de mettre en oeuvre des solutions reconnues comme appropriées par à peu près tout le monde.

Cette concurrence entre diagnostics facilite les tenants du status quo qui trouveront toujours une étude justifiant de ne rien faire, des lobbies qui trouveront toujours une étude justifiant de faire ce qui les arrange, eux (1). Mais outre la mauvaise foi de certains il est évident que le non-spécialiste pris entre les feux de diagnostics différents voire contradictoires, émanent de gens a priori plus compétant que lui-même, fait face à un choix fâcheux: se désintéresser de la chose par incapacité à prendre position, ou adopter une posture idéologique et ne plus voir que ce qui va dans le sens de ce choix-là.

On peut penser qu’il y a un bon troisième choix, celui de l’analyse rationnelle où l’on recherche simplement les preuves justifiants ces différents diagnostics, que l’on choisi en fonction de ces preuves. Si seulement c’était aussi simple.

Dans de nombreux cas, malheureusement, la vérification expérimentale n’est pas possible (par exemple on ne peut pas faire des expériences contrôlées et de taille significative sur le climat ou sur la population) et l’on a donc recours à des modèles, qui sont eux-mêmes des simplifications – certes complexes – de phénomènes encore plus complexes impactés par des tas de variables que le modélisateur ne contrôle pas, voire ne connaît même pas. Modèles toujours susceptibles de ne démontrer que ce que l’on veut qu’ils démontrent.

Ajoutez à ceci les enjeux de manipulation et de désinformation (fake news), les enjeux politiciens et commerciaux et, surtout à notre époque, les enjeux idéologiques et l’on constate qu’il est extrêmement difficile pour le citoyen non spécialise de trouver les bonnes preuves et donc de valider objectivement tel ou tel diagnostic. Le réflexe est alors soit de se désintéresser de la chose, soit de se rendre à l’avis d’une personnalité, d’une organisation (ONG, Etat, institution…) en qui l’on place sa confiance.

Mais comment fait-on ce choix? Essentiellement sur une base idéologique car, à moins de prendre le temps de faire une analyse sérieuse de toutes les propositions, décisions et actions de ces divers (et nombreux) référents afin de voir lesquels offrent un degré de confiance satisfaisant, cela reste un choix subjectif, une validation de sources a priori en accord avec nos propres croyances.

Cette situation n’est pas acceptable, elle est même dangereuse car elle mène au désintérêt d’une partie de la population, qui ne réagit plus tant que ses intérêts ne sont pas directement menacés, face à une autre partie qui tombe dans le militantisme idéologique rendant très improbable la mise en place de solutions « raisonnables ». On tombe alors très vite dans le moralisme émotif (2).

Surtout, cette situation ouvre la voie à la prise de contrôle des agents manipulateurs qui surfent sur ces émotions, principalement la peur et la colère.. Il n’est plus nécessaire de démontrer, il suffit de faire le show, d’actionner les bons leviers. Il n’est plus nécessaire de faire des propositions raisonnables, il suffit de flatter. Si l’on veut maintenir les apparences du raisonnable il faut « mieux expliquer », faire preuve de « plus de pédagogie » et in fine envoyer la flicaille pour « convaincre » les récalcitrants.

Des contre-mesures existent, notamment les sites de fact-checking mais, à nouveau, comment être sûr qu’ils ne font pas partie d’une promotion idéologique? En France le système de vérification Décodex (3), mis en place par Le Monde, même s’il donne souvent des informations raisonnables, est également un outil de promotion idéologique – voir ce débat sur Arrêt sur Image (4).

Le militantisme idéologique invite bien sûr au complotisme, vaste sujet traité ailleurs sur ce blog mais dont le « décodeur » français le plus connu est sans doute le site Conspiracy Watch (5). Là aussi, la proximité du fondateur avec les services de l’Etat ainsi qu’un certain parti-pris visant à disqualifier toute pensée « dissidente » en l’associant à l’anti-sémitisme, oblige à garder une toute aussi certaine distance avec ses analyses.

Reste que rien de tout ceci n’adresse la question centrale du diagnostic des problèmes de notre époque, à commencer par les facteurs affectant le climat, la croissante de la population mondiale mais aussi l’impact réel des circuits courts, la « crise » migratoire, les voitures électriques et le nucléaire, parmi tant d’autres sujets. Sur tous ce sujets des diagnostics différents voire opposés existent, entraînant des confrontations idéologiques, un large désintérêt voire des opportunités affairistes au cynisme effarant.

Voyons rapidement deux exemples.

1: le réchauffement climatique.

L’arctique brûle, nous sortons d’une période de canicule, Greta Thunberg a parlé à l’Assemblée Nationale, tous les voyants sont au rouge mais rien de sérieux ne se fait: pas d’interdiction générale du tourisme le plus polluant (aviation et paquebots), pas de programme de replantage massif d’arbres, pas de projet d’en revenir à des véhicules légers dotés de moteurs hyper-sobres genre 4L consommant 1 litre aux 100. On se demande si nos élites, si politiquement correctes lors des COP, croient vraiment en ce que dit le GIEC (6).

Et en effet, beaucoup de gens n’y croient pas. Ce blog présente quelques points de vue alternatifs (7), Valeurs Actuelles vient de publier une récente étude faisant du soleil le moteur principal du réchauffement (8) – ah oui mais Valeurs Actuelles est de droite voire extrême-droite donc non recevable. Bienvenue donc à l’argument idéologique. Sauf que le fameux magasine Nature vient de sortir un article mettant le système magnétique solaire au centre du phénomène climatique (9).

Comment savoir ce que tout ceci vaut? Comment savoir si l’argument central du GIEC, à savoir que le doublement du taux de C02 dans l’atmosphère – CO2 a priori issu de l’activité humaine – fait grimper la température de quelques degrés est la bonne, ou si d’autres explications sont en fait correctes? C’est extrêmement difficile, sinon impossible pour un non spécialiste.

On pourrait se sortir du problème en adoptant le pari de Pascal: face à l’incertitude, autant prendre la décision qui offre globalement le plus de bénéfices et donc, ici, admettre l’effet du CO2 (et des GES plus généralement, dont le méthane et la vapeur d’eau) et faire en fonction. Si c’est en fait le bon diagnostic tant mieux, si non et bien cela ne peut pas faire de mal que de réduire nos émissions de toute manière.

Sauf que réduire massivement ces émissions aurait un impact majeur sur une large partie de la population mondiale, et que s’il s’avérait qu’en fait les émissions ne sont pas le vrai problème notre capacité d’adaptation à la réalité d’un changement climatique essentiellement naturel serait remise en cause, du fait justement d’une réduction drastique de notre production énergétique.

D’où l’importance cruciale de faire le bon diagnostic et de ne pas simplement réfuter toute opinion différente sur une base idéologique.

2: La surpopulation.

A ma naissance, en 1963, il y avait de l’ordre de 3 milliards d’humains. Aujourd’hui, 7,7 milliards. En 2100, plus de 11 milliards. Ou 8 milliards. Ou 18 milliards, selon les scénarios (10). Trop pour les ressources planétaires, trop pour le climat et donc aujourd’hui des millions de jeunes gens soucieux se posent la question: enfanter aujourd’hui est-il juste pour la planète et pour l’enfant qui devra y (sur)vivre?

Face à eux d’autres s’inventent un « droit à l’enfant » et brandissent leur narcissisme loin au-dessus de toutes considérations, de l’enfant lui-même comme de son possible impact sur l’environnement. Entre ces deux pôles des femmes enfantent sans se poser trop de questions, mais elles le font à un rythme nettement moins soutenu aujourd’hui (moyenne mondiale de 2,4 enfants et un taux de croissance de la population de 1,2% par an) qu’à l’époque de ma naissance (entre 4 et 5 enfants et un taux de croissance de la population de 2% par an).

Ceci avec une grande disparité: hors Afrique, la plupart des pays sont entre 1 et 2 enfants par femme, en -dessous du seuil de renouvellement. Selon les projections actuelles tablant sur 11 milliards d’humains en 2100, l’Afrique passerait de 1,3 milliards aujourd’hui à 4,3 milliards en 2100 pendant que l’Europe passerait de 740 à 630 millions sur la même période. La question démographique est donc une question régionale et l’Europe fait plutôt face à un risque endogène de dépopulation que de surpopulation, et à une pression migratoire massive de la part de l’Afrique.

Face à cela certains proposent de limiter la natalité (française en l’occurrence) via une sorte de permis de procréer (11). Alors même que l’on sait que la pression nataliste est centrée sur l’Afrique il faudrait réguler à la baisse la natalité d’une région qui fait déjà face à une baisse naturelle de sa population. Ceci est à mon avis un exemple d’usage de mauvais diagnostic justifiant une posture idéologique, ici une posture technocratique visant à augmenter, encore, la capacité de coercition et de contrôle de l’Etat envers la population.

Sortir de l’impasse.

Nous croulons sous des montagnes de données, d’avis, de campagnes de ciblage orchestrées via les réseaux sociaux (12). D’études et de contre-études dont nous ne savons pas la valeur réelle ni la motivation des commanditaires. Il existe sans doute des gens qui font les bons diagnostics, mais comment les reconnaître? Nous avons clairement besoin de débats scientifiques publics et contradictoires, et non pas de communication. Nous avons besoin d’expérimentation, de redonner le pouvoir à la population et la sortir des griffes de la technocratie et de la corruption qui invite Greta Thunberg le matin et signe le CETA le soir. Nous avons besoin de réaliser de bons diagnostics afin de prendre de bonnes décisions, tout le reste n’étant que cinéma et opportunisme affairiste.

Liens et sources:

(1)

(2)

(3) https://www.lemonde.fr/verification/

(4) https://www.arretsurimages.net/emissions/decodex-on-sengage-dans-une-guerre-contre-les-fake-news

(5)

(6)

(7)

(8) https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/societe/le-role-determinant-du-soleil-sur-le-climat-de-la-planete-109382?fbclid=IwAR14qgPf6IYxVQVPYBeyeq6ScG5FPZfRFHti3qTARPukV6E2AKbSf4O-Eeg

(9) https://www.nature.com/articles/s41598-019-45584-3?utm_source=commission_junction&utm_medium=affiliate#Sec6

(10) https://en.wikipedia.org/wiki/World_population

(11) http://alerte-environnement.fr/2019/03/09/lobs-et-le-permis-de-procreer/

(12)

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

22 réponses

  1. Marcel Paquin

    Bonjour, j’ai entendu un spécialiste sur le climat dire que l’empreinte écologique humaine par rapport au changement climatique était de 2 % et que ce changement était plutot un (reset) que la terre fait un certain nombre d’années genre tout les 300 à 500 ans. Il faut dire que la polution affecte plus l’homme que les changements climatiques en nous empoisonnent avec le glyphosate et le plastique, maintenir les malades encore plus malade pour faire plaisir au lobby pharmaceutique tout ca avec l’approbation de nos dirigeants et de nos élites. Quand vous vous posez des questions regarder en premier la $$$$$$$ qui a gagné et vous aurez 90% de la réponse. Merci

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