Peut-on ignorer le coût du confinement?

Les 100 milliards d’euros du plan de sauvetage français tombés du ciel n’y remonteront pas tout seuls. Ce, malgré ce que semblent croire certain.e.s qui se voient déjà à l’aube d’une nouvelle ère écologiste, coopérative et anticapitaliste. Certes rêver fait du bien, surtout en ce moment, mais en attendant, le fisc et la police sont des éléments bien plus réels que nos très légitimes désirs d’un autre monde.

Donc il faudra soit faire avec, soit mener une – vraie- révolution pour changer de système mais, à voir la soumission volontaire de la majorité de la population à un confinement sous répression policière, sans aucune évaluation coût-bénéfice (1), on est loin du compte.

« Il faudra faire des efforts. »  Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a prévenu, vendredi 10 avril, que le redressement de la France serait « long » et qu’il passerait « par le désendettement du pays »« A la sortie de cette crise, il faudra faire des efforts », a-t-il affirmé sur Europe 1. 

« Entre des milliers de faillites et la dette, nous avons choisi la dette », a déclaré sur Europe 1 le ministre de l’Economie, qui a annoncé la veille dans Les Echos que la dette publique de la France bondirait à 112% du produit intérieur brut à la fin de l’année en raison des diverses mesures de soutien à l’activité prises pour aider les entreprises et les salariés à surmonter la crise.

« Ce choix que nous faisons du financement par la dette c’est un choix responsable, c’est un choix nécessaire (…) mais ça ne peut être qu’un choix provisoire », a insisté Bruno Le Maire. « A la sortie de cette crise il faudra faire des efforts, le redressement sera long et il passera par le désendettement du pays. »

https://www.boursorama.com/actualite-economique/actualites/il-faudra-faire-des-efforts-pour-reduire-la-dette-de-la-france-declare-le-maire-c0cc77d8468882704ac383b528ca6b5f

Cette dette correspond à peu près au manque à gagner du PIB, sans doute de l’ordre de 6 points soit 120 milliards d’euros. Afin de limiter la casse, on compense le manque à gagner par une dette qu’il faudra évidemment rembourser (ou faire défaut, mais en prenant alors en compte les effets d’une telle décision), mais avec quoi?

Il est évident qu’il n’y ait aucune raison que la France connaisse subitement une surproductivité, une sur-croissance lui permettant d’absorber cette dette par un accroissement naturel des revenus fiscaux. Si une telle baguette magique existait, on peut supposer que la Macronie l’aurait déjà utilisée. Il est donc tout aussi évident que cela va venir de la poche des gens, des entreprises (surtout les petites), des budgets sociaux, culturels et tous les services non essentiels (du point de vue de la Macronie en tout cas).

Un dur réveil.

Et c’est là où l’on va se rendre compte, avec douleur, que de refuser sous des prétextes « humanistes » de faire la moindre évaluation coût-bénéfice du confinement, se révèle être un faux et hypocrite calcul dont les plus fragilisés sont déjà les premières victimes (2), et dont nous serons tous et toutes les victimes demain – sauf les « élites » bien évidemment, faut pas déconner.

Je précise que, par « confinement », s’entend ici précisément sa définition officielle: l’enfermement de la population dans le but de limiter l’afflux des malades dans les services de réanimation. Je ne parle pas ici des gestes barrières et autre protections, qui ne bloqueraient pas l’essentiel des libertés et de l’activité économique, sociale et culturelle.

Comme on le sait, il y a en France de l’ordre de 50 000 décès par mois, soit 600 000 par an. Parmi ceux-là, 200 000 sont des décès prématurés liés à l’environnement et au mode de vie: pollution, tabagisme, malbouffe etc.. On ne sait pas encore quelle sera la mortalité finale directement attribuable au Covid-19, sans doute de l’ordre de 20 000 personnes dont la vaste majorité âgée et souffrant déjà d’autres maladies (troubles respiratoires, diabète etc..).

Même en supposant un taux de mortalité de 50 000 ou 60 000 personnes on sera, au pire, à un taux de surmortalité de 10% par rapport à la moyenne. Mortalité que l’on aura de toute manière, sauf traitement efficace ou vaccin disponible dans les semaines à venir. Peu probable.

A cela, le confinement ne change rien, vu que son but est d’éviter la surmortalité associée à l’impossibilité d’accéder aux soins en cas de submersion des services de santé concernés. Ce que le confinement aura donc permis de sauver, en termes de vies, n’est pas aujourd’hui évalué mais, vu la résilience desdits services, on peut l’estimer à quelques milliers (de personnes qui seraient mortes faute de soins si le confinement n’avait pas été mis en place). Au pire du pire, 10 000 personnes, soit 20% de la mortalité « normale » mensuelle française.

Ce n’est pas rien bien sûr, là n’est pas la question. La question est: le remède est-il pire que le mal?

C’est là où ça coince: l’opinion publique actuelle semble penser que les effets négatifs du confinement ne sont que financiers, donc quelque part virtuels, et en tout cas d’une autre nature que les vies sauvées. Une telle mise en équivalence relèverait même de l’ignoble.

Si c’était le cas je l’accepterais, mais à mon avis ce n’est pas le cas. La souffrance humaine associée aujourd’hui au confinement est réelle (2). La précarité qui en découle, malgré le plan de sauvetage, l’est tout aussi. Le choc économique est terrible, tout le monde s’accorde pour le dire:

« Il s’agit de la plus grande récession en France depuis 1945 », a indiqué Bruno Le Maire. « Des inconnues demeurent et cette prévision peut encore évoluer, notamment s’agissant de la durée du confinement et des modalités de sortie », a-t-il ajouté. 

https://www.sudouest.fr/2020/04/09/coronavirus-la-france-lance-un-budget-de-crise-pour-sauver-une-economie-foudroyee-7400365-10861.php

On parle de 1945, voire de 1929 mais même plus de 2008. Les experts parlent de la crise de 2008 comme d’une « gripette », une crise touchant essentiellement les milieux de la finance sans grand impact sur l’économie réelle. Il aura pourtant fallu dix ans pour en sortir (3).

Un calcul coût-bénéfice brutal.

Un calcul brutal consisterait à rapporter la surmortalité évitée par le confinement au coût du confinement. Partant de 10 000 vies sauvées pour un coût de 100 milliards, cela donnerait un coût par vie de 10 millions d’euros. 10 millions de vrais euros qu’il va falloir rembourser, qu’on le veuille ou non, à moins de changer radicalement de régime. Même en se disant que le confinement ne compte que pour la moitié de cette somme, cela fait toujours 5 millions par vie.

Si l’on voulait éviter la surmortalité annuelle « normale » (200 000 morts prématurées) due à d’autres facteurs que le Covid, il faudrait à ce tarif, (200 000 x 5 millions) soit 1000 milliards d’euros, c’est-à-dire près de 50% du PIB français, pour lutter contre cela. Le budget annuel de la santé publique en France, tout confondu, est de l’ordre de 200 milliards d’euros.

Comment justifier une telle différence de traitement entre les décès prématurés par Covid et les autres? Personnellement, j’en suis incapable. Je ne comprends tout simplement pas un tel niveau d’incohérence. Je ne comprends pas que les « autorités » ne se posent pas cette question, préférant mener l’ensemble du pays à l’abattoir que de faire une évidente évaluation politique, et non politicienne, de la situation.

Faut-il y voir la simple confirmation de leur totale et absolue incompétence, la suite logique de leur impréparation et aveuglement de début de crise? La démonstration de leur infinie arrogance et recours exclusif au mensonge, à la propagande et à la violence policière pour se donner de l’air?

Peut-être, mais j’en doute. L’opportunité d’imposer une emprise de type totalitaire sur une bonne partie de la population est trop tentante, d’autant que le risque d’une réaction populaire violente à leur encontre, une fois la crise passée, doit leur faire très peur. Donc autant essayer de ne jamais en sortir.

Liens et sources:

(1)

(2)

(3) https://www.capital.fr/economie-politique/la-crise-de-2008-a-10-ans-voila-ce-quelle-a-coute-a-la-france-1314379

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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