Oumuamua, premier contact?

Le 6 septembre un étrange objet traversait le plan orbital de notre système solaire. Le 9 il passait près du Soleil, fin septembre il passait près de Vénus et le 7 octobre, il passait dans notre coin du ciel avant de filer en direction de la constellation Pégase.

De petite taille, une trentaine de mètres, et venant de la direction de Véga, l’objet fut suivi par des télescopes, dont le Pan-STARRS de Hawaï – le télescope terrestre avec la meilleure définition au monde (1,4 milliards de pixels par image).

Des caractéristiques remarquables.

C’était la première visite connue d’un objet extérieur à notre système solaire, et il fut baptisé « Oumuamua », terme hawaïen signifiant « scout ». Aucune image précise ne put être prise, l’objet étant trop petit et passant trop loin de la Terre, mais les astronomes purent néanmoins relever quelques caractéristiques remarquables:

Oumuamua semble beaucoup plus long que large, un peu comme une brique. Une caractéristique déduite de la variation de luminosité, d’un facteur dix, de l’objet tournant sur lui-même, ce qu’il fait sur une période de huit heures. Une forme ne correspondant à aucun astéroïde connu, ces corps célestes ayant plutôt la forme de patates plus ou moins sphériques, conclusion logique de l’effet gravitationnel.

Oumuamua réfléchit nettement plus de lumière qu’un astéroïde « normal » de cette taille, impliquant que sa surface soit plus réfléchissante que le régolithe (poussière due aux impacts) ou la roche, et plutôt comparable à une surface métallique.

Et enfin, Oumuamua n’est pas une comète car elle ne dégaze pas, du moins pas de manière détectable. Il n’est donc pas constitué de « glace sale » telle que le serait une comète, ce type de dégazage étant visible sur les instruments d’observation. La question était alors sur toutes les lèvres: objet naturel ou artificiel?

Naturel ou artificiel?

La première hypothèse semble évidemment la plus « raisonnable », car après tout une telle forme n’a rien d’impossible, il existe certainement des astéroïdes très métalliques, surtout en provenance de mondes lointains ayant subi des événements vieux de milliards d’années dont nous ignorons tout.

Semble, ou semblait? En effet une autre mesure est venue s’ajouter à celles ci-dessus: sa vitesse, et plus précisément son accélération. Contrairement aux prédictions de sa trajectoire et de sa vitesse calculées selon les bonnes vieilles lois de la physique, Oumuamua accélérait légèrement en s’éloignant du Soleil.

Chose impossible sans un quelconque mode de propulsion, et seuls deux modes « naturels » existent: d’une part celui des comètes, où le dégazage (dû à la chaleur du Soleil) agit comme un moteur de fusée et fait accélérer la chose, mais ce dégazage est visible or ici, rien de tel. D’autre part celui du vent solaire, où la radiation du Soleil peut accélérer des objets légers présentant une grande surface, les « voiliers de l’espace »:

Implications si vent solaire.

L’absence de dégazage semblant acquis, reste la solution de la radiation solaire qui, pour fonctionner, requiert que l’objet ait une densité de l’ordre de 10-5g par centimètre cube pour un objet lambda d’origine naturelle ou non, ou un ratio /surface de 0,1g par centimètre carré dans le cas d’un objet ultrafin (entre 0,3 et 0,9 mm d’épaisseur) telle une voile solaire, donc a priori d’origine non naturelle.

Hypothèse naturelle.

La vaste majorité de la communauté des astronomes professionnels en reste bien entendu à une hypothèse naturelle. Une recherche dans les annales des journaux d’astrophysique renvoie à une centaine d’articles sur Oumuamua, chacun proposant des explications naturelles à ces caractéristiques, y compris l’hypothèse que cet objet soit un agrégat de glace fractale (1), genre de porc-épic de glace avec beaucoup de surface pour très peu de matière, qui aurait pu naître d’un disque protoplanétaire quelque part loin d’ici. Un tel objet aurait en effet une densité suffisamment faible pour être accéléré par le vent solaire, indépendamment de sa forme.

Hypothèse non naturelle.

On trouve également, dans ces annales, un article des astrophysiciens Shmuel Bialy et Abraham Loeb proposant que Oumuamua soit issu d’une civilisation extraterrestre, un engin propulsé par une voile solaire (2). Leur première considération vient de la vitesse de rotation sur lui-même de cet objet et la variation de réflexion, ce qui donnerait un ratio longueur/largeur de 5:1, chose jamais vue pour un astéroïde ou une comète, et dont la forme se rapprocherait plus d’une soucoupe que d’un cigare.

Ils montrent ensuite que si Oumuamua était en fait une sorte de comète au dégazage invisible, le couple associé à un tel effet ne serait pas compatible avec la rotation observée.

Ils en arrivent donc à la proposition que Oumuamua serait plutôt une sorte de voile solaire, et tentent de calculer la distance que pourrait parcourir un tel objet avant d’être stoppé par la de poussière interstellaire qu’il amasserait. Cette distance serait de l’ordre de 10 kiloparsec (kpc), soit de l’ordre de 32 600 années-lumière, pas mal sachant que la distance entre nous et le centre de la galaxie est de 8 kpc.

Relique ou sonde?

Poussant le bouchon jusqu’au bout, Bialy et Loeb se demandent s’il s’agirait alors d’une relique, un objet ancien vagabondant à travers la galaxie longtemps après sa période d’utilisation par quelques lointains E.T.; ou une sonde active suivant une trajectoire prédéfinie dans un but observationnel.

Une analyse statistique de la trajectoire réelle, basée sur l’hypothèse d’une origine naturelle suivant une trajectoire aléatoire, impliquerait une très forte densité d’objets de type Oumuamua dans l’espace intersidéral, très nettement supérieure à ce que prédisent les modèles astrophysiques actuels. Ce décalage important (d’ordre de grandeur entre 100 et 108) pourrait s’expliquer par l’hypothèse d’une trajectoire non aléatoire, calculée, donc le produit d’une intelligence extraterrestre. Véga, l’apparente origine de Oumuamua, se situe à « seulement » 25 années-lumière…

Une échappée déconfinatoire.

Ce sujet passionne tellement Abraham Loeb qu’il va très bientôt publier un livre intitulé « Extraterrestrial: the first sign of intelligent life beyond Earth« , ou « Extraterrestre: le premier signe d’une vie intelligente au-delà de la Terre » (3). Une lecture certainement très déconfinatoire pour ces soirées d’hiver où, levant le nez de nos petites prisons individuelles pour regarder le ciel, les étoiles sembleront se moquer de l’étroitesse de pensée de notre civilisation finissante.

Liens et sources:

(1) https://iopscience.iop.org/article/10.3847/2041-8213/ab05df

(2) https://iopscience.iop.org/article/10.3847/2041-8213/aaeda8

(3) https://www.amazon.com/Extraterrestrial-First-Intelligent-Beyond-Earth-ebook/dp/B081TTY4NX/?tag=nypost-20

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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