A l’origine du patriarcat.

La place des femmes dans la société humaine, question d’actualité depuis que l’homme, le mâle, a pris possession de la souris civilisationnelle. Sans pour autant justifier cette dominance que l’on retrouve dans la très grande majorité des sociétés humaines, la raison la plus souvent donnée est que l’homme, le mâle donc, est plus costaud que la femme, est plus combatif que la femme vu que cette dernière doit rester à la maison ou à la caverne pour s’occuper des petits, et que donc le mâle humain s’est naturellement imposé au sein d’une société humaine globalement patriarcale, ce depuis la nuit des temps. 

Cette idée est même renforcée par l’observation de nos proches cousins chimpanzés et gorilles, dont la société est de toute évidence patriarcale avec une nette domination de mâles. Encore que là, dans le cas des Bonobos notamment, c’est parfois plus subtile: les mâles bonobos sont effectivement dominants physiquement mais la société bonobo est plutôt matriarcale du fait que les femelles coopèrent entre elles beaucoup plus que les mâles, arrivant ainsi à maintenir un équilibre que l’on ne retrouve chez l’humain que dans les sociétés dites de chasseurs-cueilleurs.

Dans ces sociétés, tels les Kung et Hadza en Afrique sub-saharienne, des tests génétiques menés en 2004 par des chercheurs de la Sapienza University de Rome ont pu montrer que les femmes vivant au sein d’un même groupe sont plus proches, génétiquement parlant, que les hommes entre eux. Ceci signifie que, dans un groupe donné, c’est plutôt les filles qui restent avec leurs mères et les garçons qui s’en vont rejoindre d’autres groupes.

A l’inverse, dans les sociétés patriarcales issues du modèle agraire, soit la vaste majorité d’entre nous, ce sont les hommes qui sont les plus proches génétiquement au sein d’un même groupe, et les femmes les plus diversifiées. Ce pour une raison simple et connue qui est que c’est la femme, lors des mariages, qui déménage depuis son groupe d’origine vers le groupe du mari. Ceci a pour effet que les hommes, dont les liens familiaux sont les plus forts vu qu’ils tendent à rester dans leur groupe d’origine, ont un avantage certain en matière de solidarité et peuvent exercer un pouvoir sur les femmes qui arrivent de l’extérieur du groupe.

Ce système patriarcal semble clairement fondé par le passage de la société de chasseurs-cueilleurs à la société agraire, au néolithique voici quelques 12 000 ans. L’appropriation de terres, de bétail et la constitution de stocks de nourriture nécessite la capacité à se défendre, et en cela la plus grande force physique des hommes leur a donné le levier nécessaire à la domination au sein de ce nouveau modèle social. Une fois cet avantage acquis et accepté par la gent féminine, il aura fallu attendre longtemps pour qu’il soit remis en cause mais il ne date pas, en fait, de si longtemps que cela vu que l’homme moderne existe depuis, selon les sources, entre 200 000 et 300 000 ans.

Peut-être la société patriarcale n’est-elle qu’un bref interlude dans un continuum nettement plus égalitaire, mais en arrive-t-on au terme de cet interlude? Le récent mouvement #MeToo a certes renforcé l’idée de solidarité entre femmes, et le mouvement féministe en général a bien évidement renforcé la coopération entre femmes dans le but de rétablir un équilibre de pouvoir momentanément abandonné. Les hommes sont priés, depuis plusieurs décennies, de descendre de leur piédestal, d’accepter des droits égaux pour les femmes et de changer les bébés au même titre que les mamans.

Dans certains endroits cela a pas mal avancé, dans d’autres pas vraiment et un des problèmes est que cette coopération entre femmes, clé de la porte de sortie de la société patriarcale, fonctionne en fait assez mal. En effet la société moderne ne fonctionne plus sur une base familiale, ni la femme ni l’homme ne restant toute sa vie dans un groupe donné. L’avantage de la coopération familiale entre hommes a grandement disparu mais les traditions culturelles qui en résultent perdurent, alors que la femme ne bénéficie pas de l’effet de groupe dont elle bénéficiait dans la société pré-néolithique. Elle doit donc inventer une nouvelle forme de coopération, une coopération politique qui dépasse les liens familiaux.

Cette coopération existe, mais elle n’est pas très solide. La compétition est aussi féroce entre femmes qu’entre hommes, voire plus: j’ai vu passer un sondage comme quoi les femmes en position de pouvoir dans l’entreprise tendent à préférer engager des collègues hommes que femmes, et que les femmes en général préfèrent avoir un supérieur hiérarchique homme que femme. Le journal The Atlantic en faisait un article l’an dernier (1).

Autant le mouvement féminisme et #MeToo ont aidé de nombreuses femmes à se manifester dans un vaste mouvement coopératif, autant il a également induit une assez forte réaction adverse auprès de certaines femmes, tel que l’on peut le voir dans cet article du NouvelObs de décembre 2017 (2).

La coopération féminine est également sabotée, à mon avis du moins, par la montée communautariste: on voit – et encore tout récemment lors de l’occupation à Tolbiac – une conférence néo-féministe dans un lieu public non seulement interdite aux hommes, mais aussi aux femmes blanches! Pire encore, toujours de mon point de vue, le fait que dans certaines communautés pourtant installées en nos pays où l’égalité des droits est acquise, un grand nombre de femmes participent activement à leur propre inégalité en la justifiant sur des bases culturelles et religieuses. Des alliées pareilles, évidemment, ça n’aide pas.

Et pour clore ce tableau, le modèle de la femme parfaitement émancipée et « égale de l’homme », ce que les anglo-saxons appellent souvent la « femme alpha », subit en fait un certain nombre de critiques – de la part d’autres femmes – qui remettent cet idéal en question: la femme alpha combine une vie professionnelle, sociale et familiale trépidante qui fait qu’elle est constamment surmenée et hyper stressée. N’acceptant de s’unir qu’avec un homme de son niveau, qui donc a aussi une vie professionnelle bien pleine, elle ne peut pas compter sur lui pour se décharger, quand elle en trouve un.

Un article par l’auteure américaine Suzanne Venker intitulé « Une lettre ouverte aux hommes: voici ce que veulent les femmes » (3) est assez marrant à lire, même s’il n’est peut-être pas très représentatif mais Venker est connue pour certaines prises de positions polémiques – j’avais parlé de son livre « la guerre contre les hommes » dans cet article « Le Mâle en point » (4). Le thème de cette lettre, en gros, est que les femmes – et surtout les femmes alpha – se rendent compte que le contrôle absolu qu’elles se croient obligées de maintenir sur leurs vies, et donc sur leurs partenaires, se révèle être tout à fait contre-productif en matière de relations affectives et qu’il faut donc que les hommes reprennent l’initiative et réapprennent à s’imposer en tant qu’hommes. Non pas en tant que petits Weinsteins évidemment, mais en tant qu’hommes s’affirmant face à la femme et capables, donc, de décharger ces femmes de l’obligation de contrôle et d’initiative permanente, obligation que cherche à leur imposer la société pour qu’elles collent au modèle de la femme moderne, libérée et autonome.

Tout ceci ne règle évidemment pas le problème de la coopération féminine, moteur du rétablissement d’une société réellement égalitaire au sens où il peut exister un partage des rôles, mais pas une domination d’un sexe sur l’autre. Quelle stratégie pourrait alors venir renforcer, plutôt qu’éparpiller, cette nécessaire coopération?

 

Notes:

(1) https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2017/09/the-queen-bee-in-the-corner-office/534213/

(2) https://www.nouvelobs.com/rue89/nos-vies-intimes/20171213.OBS9227/ces-femmes-sont-antifeministes-elles-nous-disent-pourquoi.html

(3) https://www.suzannevenker.com/single-post/2018/04/23/An-Open-Letter-to-American-Men-Here%E2%80%99s-What-Modern-Women-Want

(4) https://zerhubarbeblog.net/2017/04/24/le-male-en-point/

 

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