Bienvenue en République Bananière Française!

On trouve ceci sur la page Wikipédia de la définition d’une république bananière:


L’appareil étatique, corrompu à tous les échelons, permet à une caste détenant tous les pouvoirs de s’y maintenir indéfiniment par divers moyens, en général toujours les mêmes : prévarication sur le bien public, corruption, détournement ou captation des revenus économiques par appropriation ou surtaxation ; maintien des populations dans la terreur grâce à une police, une milice ou une armée au service exclusif du pouvoir ; élections truquées assurant aux caciques leur réélection quasi-automatique.

Depuis le temps que l’on se pose la question de savoir si la France est une république bananière, il est sans doute temps de passer en mode affirmatif et ainsi mettre fin aux tergiversations. La question fut posée voici dix ans, déjà, par Olivier Toscer dans son livre « La France est-elle une république bananière? » (1), et il semble bien que la réponse soit « oui ».

Fabrice Arfi, journaliste d’investigation pour Médiapart, ne dit pas autre chose ici:

L’ONG Transparencey International, dans son rapport 2018, place la France au 21ème rang (2).

« Pour nous, c’est mieux. Ce n’est pas formidable, naturellement, mais il faut aussi relativiser la valeur de ce classement. Ce qui est important, c’est la progression que nous réalisons et qui est tout de même significative », s’est félicité mardi (29 janvier 2019) Charles Duchaine, directeur de l’Agence française anticorruption.

Pour un pays que se targue de tant de belles choses, la 21ème place entre un Japon opaque et les USA de Donald Trump n’est pas vraiment très glorieuse, en effet. Les Emirats Arabes Unis sont juste derrière. L’Allemagne et le Royaume-Uni partagent la 11ème place, soit 10 places au-dessus de la France. Il faudrait quand même se poser quelques questions.

Prévarication sur le bien public, corruption.

Charles Duchaine parle d’une « corruption douce », celle des petits privilèges et clientélisme des élus locaux, par opposition à la « corruption lourde » habituellement associé aux dictatures et autres démocratures. Pourtant les indices gros comme des requins dans un aquarium ne manquent pas, ne serait-ce que cette invraisemblable suite de vente d’actifs de l’Etat à des privés proches du pouvoir, qui gagent ensuite un « pognon de dingue » sur le dos des français.

L’interview ce matin sur France Culture de Gilles Carrez, député Les Républicains du Val-de-Marne et opposant historique (opposé à la vente des autoroutes, vente de l’aéroport de Toulouse et vente d’ADP), montre bien à quel point ces manœuvres sont réalisées à l’encontre de l’intérêt général (3):

On notera également, entre autres, le témoignage de cet ex-adjoint de Manuel Valls à Evry, Philippe Pascot sur LCI en 2017:

Maintien des populations dans la terreur grâce à une police au service exclusif du pouvoir.

L’épisode des Gilets Jaunes qui secoue la France depuis novembre, initialement fruit du racket étatique des automobilistes à base de radars (4) et de taxes sur le carburant, a montré au grand jour le haut niveau de violence policière et répressive que l’Etat, grâce à ses mercenaires, ses procureurs et ses juges aux ordres, peut projeter sur une opposition politique sérieuse.

Pire encore, cet épisode démontre la facilité avec laquelle un régime français peut aujourd’hui créer, comme bon lui semble, un environnement législatif allant à l’encontre des valeurs fondamentales du pays (5) et qui serviront sans doute, un jour, à un régime politique encore pire que l’actuel.

Une telle instrumentalisation du judiciaire à des fins politiciennes, avec l’aval d’un Parlement de pleutres et de vendus, pue la banane pourrie.

L’intervention du délégué syndical policier Alexandre Langlois sur Thinkerview pose on ne peut plus clairement l’ampleur du problème:

La justice française souffre d’un sérieux déficit d’indépendance dès lors qu’il s’agit affaires politico-médiatico-financières, situation ainsi décrite par Régis de Castelnau (blog Vu du Droit) sur sur Atlantico (6):

Le terme « indépendance » est invoqué en permanence par les syndicats de magistrats, par les démagogues, et ceux qui aiment faire de la politique par juge interposé. Rappelons une fois de plus que l’indépendance n’est que le moyen de l’impartialité. C’est exigence essentielle qu’il faut avoir vis-à-vis de la justice. La justice du siège en France est aujourd’hui indépendante, le problème est que dans les affaires politico-médiatico-financières, qui relèvent d’une part assez restreinte de l’appareil judiciaire, cette impartialité est problématique. Pour plusieurs raisons, idéologiques souvent, de connivence au sein de la haute fonction publique d’État dont les hauts magistrats font partie, et des interventions du pouvoir exécutif dont on sait bien qu’elles existent toujours.

Mais la corruption judiciaire existe aussi à un niveau plus prosaïque, notamment autour de la drogue, telle l’affaire en cours à Lyon (7) ou la fameuse affaire François Thierry (8).


Elections truquées assurant aux caciques leur réélection quasi-automatique.

Même si en France on ne peut pas vraiment parler de simulacre électoral, le sentiment de dépossession de la chose politique par une partie du public, notamment celle qui travaille en silence loin de Paris, n’a pas manqué de se faire connaître avec la demande d’instauration d’un Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC). Ceci pose un risque direct à la corruption institutionnelle et l’establishment fait tout ce qu’il peut pour noyer cette revendication.

On ne reviendra pas sur les financements occultes de campagnes électorales, de l’affaire Elf à l’affaire Sarkozy – Kadhafi qui mena à la destruction de la Libye sous couverture « humanitaire » pour effacer les traces du délit (9). Ni sur l’affaire Fillon ou le co-financement de l’actuelle campagne de LREM aux européennes par quelques géants industriels (10).

La pente glissante vers la démocrature fut le sujet d’un récent article du Financial Times à charge d’Emmanuel Macron (le comble pour un banquier!), où l’on lit notamment ceci (ma traduction) (11):

Mr Macron est sur une pente glissante vers un genre de « despotisme démocratique » familiers des lecteurs de Tocqueville. Ceci place le bien général et l’ordre public au-dessus des droits individuels. Ceci illustre une inquiétante tendance mondiale des démocraties libérales à emprunter le modus operandi des autocraties.

Le lobbbying, antichambre de l’Etat mafieux.

Le terme poli pour « corruption » est « lobbying », et si la France est un paradis des lobbyistes elle n’est pas seule, l’Europe est un centre mondial de la profession:

L’environnement actuel est propice à la corruption du fait des immenses fortunes aux mains des « agents corrupteurs » que sont les banques, les mafias de la drogue, le complexe militaro-industriel, le lobby pharmaceutique, le pétrole etc…, qui ont les moyens de payer des milliers de gens pour pousser leurs agendas au niveau des institutions législatives, et bien sûr de financer les campagnes de poulains qui leurs renverront ensuite l’ascenseur.

Le déliquescence institutionnelle créé par la corruption facilite l’installation de la mafia, et il nous faut aujourd’hui faire face à la réalité de la prise de pouvoir mafieuse au sein de nos démocraties de façade (12). Ici l’actuelle tentative du régime (de bananes?) Macron de céder ADP à perte pour la France, et la montée en régime du système répressif en sont, sans doute, des indices pertinents.

L’odeur de banane n’est pas prête de s’en aller mais, comme on peut le voir actuellement en Algérie, pays de la banane mûre de chez mûre au point peut-être de tomber, rien n’est jamais tout à fait perdu.

Liens et sources:

(1) https://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20090424.BIB3339/la-france-est-elle-une-republique-bananiere.html

(2) https://www.europe1.fr/societe/corruption-dans-le-monde-la-france-progresse-a-la-21eme-place-ce-nest-pas-formidable-mais-3847484

(3) https://www.franceculture.fr/emissions/journal-de-12h30/journal-de-12h30-du-jeudi-14-mars-2019

(4)

(5) https://www.rtl.fr/actu/politique/la-loi-anticasseurs-definitivement-adoptee-par-le-parlement-7797192936

(6) https://www.atlantico.fr/decryptage/3516586/pourquoi-question-de-l-independance-de-la-justice-est-aussi-mal-comprise-en-france-guillaume-jeanson-regis-decastelnau

(7) http://www.leparisien.fr/faits-divers/scandale-des-stups-des-magistrats-parisiens-dans-le-collimateur-de-la-justice-08-03-2019-8027202.php?fbclid=IwAR2eZZ4LfyyKRzrHoHEuZAk9_olspAu3UOlq_ERGkrwpkQiTiHWgqVxt9ZQ

(8) http://moreas.blog.lemonde.fr/2017/08/28/police-douane-gendarmerie-la-drogue-les-rend-fous/

(9)

(10) https://www.20minutes.fr/elections/2470663-20190312-europeennes-lrem-allie-parti-finance-fabricant-glyphosate

(11) https://www.ft.com/content/6fe3b1fc-40e1-11e9-9499-290979c9807a?fbclid=IwAR0YQK5uFCW0rWn7TQckMDZUETEp9_VJXpGqJvTlGnDvHK3A6FejruOljmo

(12)

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.