Covid-19 et guerre scientifique.

Le mythe du scientifique en blouse blanche rendant un avis objectif, consensuel et assimilable à la Vérité, aura connu au cours de cette crise covidienne, son apothéose et sa mort. Ce mythe aura justifié l’installation de dictatures sanitaires absurdes de par le monde, et notamment en Europe, pour ensuite exploser telle une supernova dans le ciel inter-sidéré d’une humanité déboussolée.

Tant mieux.

Dangers de la science « officielle ».

Tant mieux, car ce mythe d’une science devenue religion, avec son clergé, ses excommuniés et ses fidèles bêlant, est central aux malheurs qui se sont abattus sur les peuples de l’ère moderne ou « scientifique »: du au communisme en passant par le covidisme actuel, la légitimation de grands programmes d’action par le biais d’une science « officielle », c’est-à-dire compatible avec la philosophie politique du régime qui la finance, mène généralement au désastre.

Dégâts sociaux, économiques et politiques, dégâts sanitaires, et aujourd’hui dégâts au cœur même de la science forcée de reconnaître qu’elle souffre, comme toute institution, des démons de la corruption, du clientélisme, de l’hypocrisie, des conflits d’intérêts, de la simple et universelle bêtise.

Ce constat d’une science institutionnelle ou privée, qui relève de tout sauf de l’objectivité désintéressée, est un thème récurrent sur ce blog. C’est également le thème d’un récent article du Scientific American intitulé The COVID science wars (1) qui met en garde contre le risque, pour la santé publique, du manque de débat scientifique et plus spécifiquement, la manière dont la science « officielle » est relayée par les et réseaux sociaux afin de faire taire, ou reléguer aux marges médiatiques voire conspirationnistes, les avis dissidents.

Scientific American sur la brèche.

Scientific American est tout sauf un journal « complotiste ». Il a même un avis peu favorable envers les études menées par le Pr Raoult, ce qui le classe a priori du côté de la science « officielle ». Et pourtant, il fustige le monopole des options autoritaires et contraignantes, du type confinement, dans la lutte contre le Sars-CoV-2. Il en appelle à l’écoute d’experts reconnus, objectivement indépendants, qui proposent des pistes alternatives plus efficaces et moins coûteuses:

Dans les guerres actuelles contre le Covid, la balance scientifique penche fortement en faveur de mesures de santé publique actives, parfois draconiennes, dont la fermeture des commerces non-essentiels, les masques obligatoires, restrictions des déplacements et quarantaines. De l’autre côté certains médecins, scientifiques et fonctionnaires de la santé publique questionnent la pertinence de cette approche face aux grandes inconnues de leur efficacité, et au vu d’indications croissantes comme quoi ces mesures ne marchent pas dans certains cas, et peuvent causer plus de mal que de bien.

In today’s COVID-19 wars, the global scientific divide leans heavily in favor of active, and sometimes even draconian, public health interventions, including widespread locking down of nonessential business, mandating masks, restricting travel and imposing quarantines. On the other side, some doctors, scientists and public health officials are questioning the wisdom of this approach in the face of massive unknowns about their efficacy and in light of the clear and growing evidence that such measures may not be working in some cases, and may also be causing net harm.

https://www.scientificamerican.com/article/the-covid-science-wars1/

Les philosophies respectives de ces deux camps sont reprises, d’un côté, par le Mémorandum John Snow (2), appelant à des mesures strictes appliquées, de fait, à peu près partout, et de l’autre côté par la déclaration de Great Barrington (3) qui recommande des mesures précises, spécifiques et différentiées, une approche dont la Suède reste l’exemple le plus « pur ».

Une guerre délétère pour l’ensemble de la société.

Il y a une vraie guerre entre ces deux camps, qui en France prend le visage des « dissidents » genre les Pr Raoult, Toussaint, Toubiana face à l’équipe « officielle » représentée par le Conseil scientifique et les propagandistes de Big Pharma genre Karine Lacombe et Martin Blachier.

Cette guerre, selon l’article de SA, outre le fait d’être anti-scientifique car reposant en partie sur des postures idéologiques et des intérêts personnels, est surtout problématique du fait qu’elle invisibilise de nombreux protagonistes potentiels, notamment du côté des « dissidents », qui n’osent pas s’exprimer de peur de se faire lyncher par les et les RS, et de perdre les faveurs des bailleurs de fonds de la recherche médicale qui sont, le plus souvent, l’Etat et Big Pharma.

SA ajoute que, même sous condition d’anonymat, des scientifiques reconnus dans les domaines pertinents à la crise covidienne refusent de répondre à leur demande d’interview tant ils ou elles ont peur d’être livrées à la vindicte politico-populo-médiatique. Et de prendre comme premier exemple celui du médecin chinois Li Wenliang, qui fut ostracisé du fait de son opposition à la ligne officielle en vigueur au début de l’épidémie.

Cas d’espèce: le Pr John Ioannidis.

Ce qui nous amène au cas du Pr John Ioannidis, épidémiologiste renommé déjà présenté sur ce blog, depuis bien avant le Covid, pour ses recherches en matière de reproductibilité des études scientifiques (4). Il fut l’un des premiers à sérieusement questionner les chiffres de qui arrivaient de Chine, un questionnement ayant fondé mon article de début avril intitulé « Covid-19, à la recherche du taux perdu » (5).

John Ioannidis a ensuite publié une étude épidémiologique portant sur un comté de Californie, Santa Clara, d’où il tirait la conclusion que le taux réel de mortalité (% de gens infectés qui décèdent) est de l’ordre de 0,2%, soit un taux assez proche de la grippe, et très loin des 1,5% à 4% brandis par les propagandistes de la peur. J’en parle dans l’article « De l’épidémiologie du Covid-19 et ses conséquences » (6), où l’on trouve une interview filmée de Ioannidis expliquant ses conclusions.

John Ioannidis est opposé aux mesures restrictives genre confinement et il le dit, notamment dans cet éditorial de mars dans le journal Statnews (7), où il avertit d’un fiasco à venir du fait d’impositions de mesures sans réels fondements scientifiques, car sans données suffisantes.

Position qui lui a valu, malgré sa réputation, un lynchage en règle de la part des tenants de l’approche dure, notamment depuis le camp politique des Démocrates favorisant une approche à l’européenne, et donc opposés à l’approche « trumpiste » plus laxiste, approche évidemment fortement dénigrée de ce côté-ci de l’Atlantique où l’on adore se faire mal…

Le coût de l’idéologie.

Reste que les prédictions faites par Ioannidis sur le taux de se sont révélées correctes, et que sa mise en garde contre des mesures générales hystériques se révèle tout aussi pertinente car, quoi qu’en dise la propagande officielle, les mesures de couvre-feux et de confinement, de masques obligatoires, sans même parler des fermetures de commerces et de lieux de culture, n’ont pas d’effet mesurable sur la propagation de l’épidémie mais ont, par contre, d’énormes effets délétères sur la société en général. Voir le récent article « Humilier, Surveiller, Punir » pour plus d’infos et liens à ce sujet (8).

Voici une interview récente de John Ioannidis, où il parle de la prise de contrôle des réseaux sociaux sur le débat scientifique:

Masques et baillons.

Dans le même genre, un autre expert en santé publique, Stefan Baral, professeur associé au Johns Hopkins Center for Global Health, informe SA d’une lettre qu’il envoya en avril, pour publication, à six hebdomadaires et dix journaux scientifiques, sur le sujet des dangers potentiels associés au confinement de populations entières. Aucun journal ne le publia, une première pour un chercheur renommé qui, normalement, trouve toujours preneur pour ses articles.

SA parle également de cette récente étude danoise sur les masques, dont je parle dans (8), qui conclut que le port du masque dans la vie courante n’a quasiment aucun impact sur le risque d’infection. Cette étude mit des mois à trouver preneur alors que, du point de vue de SA, elle est tout à fait pertinente et crédible. Ces refus de publication ne s’expliquent que par la peur d’aller à contre-courant de la « vérité officielle », qui est qu’il faut porter le masque dehors comme dedans pour « ralentir » l’épidémie, alors qu’en fait il n’en est rien.

Dans la même veine, une étude comparant les mérites de l’approche de la recommandation sanitaire « à la suédoise », face à l’approche répressive et policière typiquement française, s’est vu refuser toute publication pendant deux mois. Pourquoi? A nouveau, à contre-sens de la doxa privilégiant le modèle autoritaire, indépendamment des réalités de terrain. L’étude va néanmoins bientôt sortir, dixit SA, dans le journal Annals of Epidemiology.

Une seconde chance pour la méthode scientifique?

Le constat est donc terrible, la position « dissidente » s’auto-censurant et ne disposant pas de la visibilité requise du fait des pressions politiques, commerciales et idéologiques du camp prônant, en l’occurrence, les mesures les plus restrictives, elles-mêmes justifiées par un moralisme simpliste mais percutant: tout sacrifice vaut mieux que risquer de perdre des vies au Covid. Un calcul profondément erroné mais bénéficiant aux désirs autoritaires des uns, comme aux bilans commerciaux de certains autres.

SA termine néanmoins sur une note positive: le Johns Hopkins Center for Global Health a réussi à organiser un débat, en distanciel, entre deux « équipes » de scientifiques défendant les deux positions opposées. Il semble que cela se soit bien passé, un échange constructif passant en revue les différents aspects de la question, aboutissant à la reconnaissance générale que le nombre de décès Covid ne pouvait être l’indicateur absolu de la réussite ou nom d’une stratégie de santé publique. Il fallait pour ce faire prendre en compte les aspects non directement covidiens des mesures imposées, notamment les plus dures telle le confinement.

Ici, on ne peut que rêver que nos élites psychopathes et corrompues démontrent le début d’une réelle de situation, et de respect de la méthode scientifique.

Liens et sources:

(1) https://www.scientificamerican.com/article/the-covid-science-wars1/

(2) https://www.johnsnowmemo.com/

(3) https://gbdeclaration.org/

(4)

(5)

(6)

(7) https://www.statnews.com/2020/03/17/a-fiasco-in-the-making-as-the-coronavirus-pandemic-takes-hold-we-are-making-decisions-without-reliable-data/

(8)

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

26 réponses

  1. Jerome Charousset

    Concernant la fameuse étude danoise sur le port du masque que vous citez à tort et à travers :
    – elle porte sur les risques d’infection du porteur par son entourage, alors que le consensus général est que le masque réduit surtout les risques dans l’autre sens (du porteur vers l’entourage)
    – le résultat expérimental brut est néanmoins une réduction de risque de 18%, et non 0,3% comme vous l’affirmez erronément dans un précédent article
    – la variabilité statistique est toutefois très importante : l’intervalle de confiance 95% va d’une réduction de risque de 46% à une augmentation de risque de 23%

    Bref, la conclusion réelle de l’étude est : « Observation d’une réduction de risque, toutefois pas statistiquement significative, d’infection dans le sens porteur vers l’entourage ».
    La transformer en « le port du masque dans la vie courante n’a quasiment aucun impact sur le risque d’infection » témoigne d’un biais idéologique majeur, peu compatible avec la vision de science neutre de que vous pronez.

    1. Bonjour et merci pour votre commentaire. Voici le texte d’origine :

      Results:
      A total of 3030 participants were randomly assigned to the recommendation to wear masks, and 2994 were assigned to control; 4862 completed the study. Infection with SARS-CoV-2 occurred in 42 participants recommended masks (1.8%) and 53 control participants (2.1%). The between-group difference was −0.3 percentage point (95% CI, −1.2 to 0.4 percentage point; P = 0.38) (odds ratio, 0.82 [CI, 0.54 to 1.23]; P = 0.33). Multiple imputation accounting for loss to follow-up yielded similar results. Although the difference observed was not statistically significant, the 95% CIs are compatible with a 46% reduction to a 23% increase in infection.

      1. Jérôme Charousset

        Oui en effet. Il confirme point par point mes remarques. Odds ratio 0,82 ca veut dire réduction du risque de 18%.

      2. Jérôme Charousset

        Je suis désolé, ce n’est pas une interprétation mais la définition même de « Odds ratio » (OR) : voir par exemple https://fr.wikipedia.org/wiki/Odds_ratio
        Si R1 est le risque d’infection avec masque et R0 le risque sans masque, alors le facteur de risque relatif R1/R0 est égal à OR * (1-R1) / (1-R0) par définition de OR. Sachant qu’ici R1 et R0 sont faibles, proches de 2%, et du même ordre de grandeur, on peut approximer R1/R0 = OR
        Cela signifie que R1= 0,82*R0, soit une réduction de risque de 18%. CQFD.

      3. Jérôme Charousset

        Même les discussions purement académiques peuvent nous faire progresser sur la voie de la connaissance … je me permets donc de rebondir !

        Arithmétiquement parlant, l’écart entre les deux valeurs (1.8% et 2.1%) est tout à fait significatif, il est de 0.3 points, soit 18%. Si vous travaillez dans la vente, que vous êtes payé à la commission et qu’on vous propose d’abaisser le taux de 2.1% à 1.8%, je vous garantie que vous ne trouverez pas ça « non signifiant » 😉

        Le problème ici est que les risques d’infection ne sont pas connus avec certitude, ils sont juste estimés à partir d’observations faites sur des groupes échantillons. Les sciences statistiques nous permettent d’évaluer la marge potentielle d’erreur d’estimation liée à la technique d’échantillonnage, en fonction notamment de la taille des échantillons.

        Appelons RR le ratio R1/R0. Nous ne connaissons pas sa vraie valeur. L’expérience menée par nos amis Danois nous dit deux choses :
        1/ la meilleure (seule) estimation que l’on ait à ce jour de RR est la valeur 0,82 – estimation réalisée sur un échantillon de 4862 personnes ayant terminé l’étude
        2/ considérant la structure de l’échantillon, il y a 95% de chances que la vraie valeur de RR soit comprise entre 0.54 et 1.23

        Dit autrement, bien que sur l’échantillon observé il y ait eu une réduction significative (-18%) du taux d’infection dans le groupe « masque », on ne peut pas exclure que ca soit un artefact lié à l’échantillonnage, et qu’en réalité la réduction de risque soit très inférieure (voire même qu’il y ait augmentation de risque), ou au contraire très supérieure. Seules d’autres observations avec d’autres échantillons permettraient d’affiner l’estimation RR par analyse Baysienne.

        La vraie conclusion de cette étude est qu’elle insuffisante pour estimer correctement l’éventuel effet protecteur du masque, mais pas du tout qu’elle a montré l’absence d’effet protecteur significatif.

        PS: je rappelle que l’on parle ici de l’effet protecteur dans le sens « infection du porteur par l’entourage », et ce avec des masques chirurgicaux classiques… nos amis cherchent donc à estimer un effet que tout le monde, moi y compris, imagine a priori faible ou négligeable. La vraie surprise pour moi est l’observation d’une réduction de risque si haute 😉

      4. Jérôme Charousset

        N’est-ce pas justement l’objet de la statistique de tirer des conclusions générales à partir de résultats empiriques ? Vous êtes en train en révolutionner les sciences expérimentales 😉

        P=0.33 signifie simplement qu’il y a une chance sur 3 que l’observation faite (réduction de 18% du risque d’infection avec masque) soit due au hasard et non à une véritable corrélation entre port du masque et risque d’infection. On peut donc dire qu’on a observé une différence sur cette expérimentation, mais que la taille des échantillons ne permet pas d’établir une validité statistique à cette observation. Il est par contre incorrect de conclure « ’il n’y a pas de différence significative ».

        Quant à l’expérience en labo, laissez moi rire… si une expérience en labo concluait à un bénéfice du masque vous seriez le premier à dire qu’elle n’est pas représentative de la vie réelle.

        Je m’arrête là (définitivement). Au revoir !

  2. […] Nous avons présenté la contre-productivité et l’absurdité des mesures d’incarcération de masse (par exemple « Désastre des mesures de confinement« ), et tentons de comprendre la stratégie vaccinale (voir « Covid: quel objectif vaccinal, finalement?« ). Et nous nous penchons évidemment sur le débat scientifique autour de cette affaire (par exemple « Covid-19 et guerre scientifique« ). […]

  3. […] Nous avons présenté la contre-productivité et l’absurdité des mesures d’incarcération de masse (par exemple « Désastre des mesures de confinement »), et tentons de comprendre la stratégie vaccinale (voir « Covid : quel objectif vaccinal, finalement ? »). Et nous nous penchons évidemment sur le débat scientifique autour de cette affaire (par exemple « Covid-19 et guerre scientifique »). […]

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