Quels liens hommes-femmes en 2050?

La rédaction du récent billet intitulé « L’avenir du sexe est-il robotique? » m’ayant amené à lire plusieurs articles sur les possibles futurs de la sexualité et, par extension, sur les relations de couples et la structure sociale envisageable d’ici une trentaine d’années, il me semble intéressant de se laisser aller à un peu de prospective. En 2050 je serai mort et calciné, mes enfants approcheront de mon age actuel, mais leurs enfants seront, sans doute, dans une phase d’entrée dans l’age adulte. A quoi feront-ils face?

Ils seront dans un monde où la technologie, si les choses suivent leur cours actuel, aura permis d’une part la création d’interactions virtuelles encore difficilement imaginables aujourd’hui, d’autre part un monde « réel » assez fortement automatisé, robotisé, où l’intelligence artificielle (IA) aura atteint un niveau qui la rendra difficilement différentiable, au niveau fonctionnel, de l’intelligence humaine naturelle. Sans faire de SF, il suffit de se rendre compte de ce qu’une IA telle AlphaGo Zéro (1) sait déjà faire avec la technologie actuelle, alors que de l’avis général nous en sommes encore à l’age de pierre de l’IA.

En 2050 la surveillance généralisée, déjà très présente aujourd’hui du fait des smartphones qui enregistrent une bonne partie de nos vies,  des mouchards placés dans les bagnoles ou les compteurs électriques, des caméras reliées à des systèmes de reconnaissance faciale, aura progressé de manière terrifiante. A moins d’une révolte générale et inévitablement violente (car le pouvoir technocratique et policier ne lâchera rien), cette présence technologique sera l’ombre planante sur ce qui restera de démocratie et de libre-arbitre pour les européens de 2050.

En parallèle, le développement de plus en plus intrusif du Droit renforcera encore la toute-puissance policière et administrative, rendant dangereuses les relations entre humains qui ne soient pas strictement contractuelles et légalement autorisées. Le reste nourrira, comme c’est déjà le cas aux US, un business florissant de l’emprisonnement et du métier d’avocat.

Tout ceci semble sombre mais les mécanismes sont déjà en action, et la résistance bien marginale. La condition première pour la montée en puissance de la technologie est la fourniture d’une énergie suffisante sur une planète encore viable. Les résultats dérisoires de la récente COP23 (2)  augurent mal en ce sens, mais si catastrophe il y a elle n’aura sans doute pas encore eu lieu en 2050, l’horizon de cet article. Rien ne permet de parier, pour les trois décennies à venir, sur un ralentissement voire un arrêt du progrès technologique, et ce dans tous les domaines.

Le petit reportage ci-dessous de I-Télé donnant une idée de ce futur technologique du point de vue de la sexualité:

Au-delà des aspects technologiques, les rapports humains sont déjà, et seront de plus en plus, cadrés par un Droit omniprésent, un droit de regard sur tous les paramètres du comportement humain et notamment, en cette période post-Weinstein, sur les relations interpersonnelles. La réalité humaine restant très nettement plus complexe que le manichéisme légal, la tentation de l’impossible traduction de tous les cas possibles en Droit mène à la complication juridique, à l’ambiguïté, et donc à l’arbitraire.

Il est clair que le système juridique a bien l’intention de s’installer au sein de l’intimité des couples, en surfant sur la peur des unes pour créer la peur aux autres. Déjà, pour ce qui ne relève pas du pénal (viol), il appartient à l’accusé de faire la démonstration de son innocence (3) – un renversement de la charge de la preuve qui ne peut que signifier la fin programmée de l’idée même de séduction au sens où on l’entend classiquement. Mais certaines cultures se sont déjà conformées à la drague avec zéro risques, voir par exemple cet article sur la séduction à l’Allemande (3b).

Autant on peut entendre la demande pour plus de sécurité, même – voir surtout – au sein du foyer, autant l’hystérie victimaire conduisant le Droit manichéen dans les sphères éminemment complexes des relations interpersonnelles peut se révéler pire que le mal  (mâle?) originel. Face au risque judiciaire désormais inhérent à toute relation intime, face au fait que même de bonne foi un homme pourra se retrouver coupable d’agression au motif qu’il n’a pas correctement interprété une situation par nature complexe (et, il faut bien le reconnaître, nous les mecs n’en sommes pas toujours capables), l’accusé potentiel présumé coupable n’aura bientôt plus que trois options pour limiter ce risque: soit laisser tomber définitivement, soit s’en remettre à la relation virtuelle ou robotique, soit tout contractualiser: « merci de signer ici avant que je ne t’embrasse ».

Le « laisser tomber » existe déjà, notamment aux USA avec le mouvement Men Going Their Own Way (MGTOW) dont il existe aussi une version française (4). Au Japon existe le « syndrome du célibat » où de nombreuses personnes, hommes et femmes, décident tout simplement de ne pas rechercher de relations intimes avec autrui (5). Ces groupes participent également du plan n° 2, la sexualité virtuelle. Aujourd’hui celle-ci se limite pour l’essentiel à la pornographie, aux sextoys et autres poupées gonflables, mais comme le montre le reportage de I-Télé ci-dessous ou le billet sur le sexe robotique (6), on n’en est qu’au tout début. En 2050, l’offre en termes d’alternatives sexuelles virtuelles et/ou robotisées sera sans doute très large, très réaliste et très satisfaisante, et ce aussi bien pour les hommes que les femmes.

En 2050, l’évolution technologique et judiciaire aura sans douté créé un marché gigantesque: une réalité virtuelle sophistiquée au point de répondre aux besoins émotionnels autant que physiques de ses utilisateurs, un choix de partenaires robotiques sexuels, ou carrément de vie, dotés d’une IA performante et non susceptibles de vous intenter un procès, de vous laisser tomber ou de vous tromper. Ça semble horrible, ça l’est quelque part mais pas forcément pire que ce que de nombreuses personnes vivent déjà aujourd’hui dans les sociétés dictatoriales, violentes, liberticides et psychotiques face à la relation hommes-femmes, sans même parler des autres types de relations.

Si ces conditions se relevaient effectivement être celles de 2050, que resterait t’il du lien amoureux et sexuel entre hommes et femmes (ou entre hommes, ou entre femmes ou tout ce que vous voulez)? Les couples seront-ils avant tout des couples d’amis sans sexualité, ou avec une sexualité très contractualisée, sans drague vu les risques judiciaires, sans imagination vu que les fantasmes seront l’apanage du monde virtuel et des sexbots, un contrat à visée purement procréatrice? Un retour, quelque part, aux mariages arrangés au sein desquels chacun vivra sa « vraie » vie à côté, avec son robot plutôt qu’avec une maîtresse ou un amant?

2050, ce n’est pas loin. Trente ans en arrière nous étions en 1988 et à peu près tout ce que nous connaissons aujourd’hui avait déjà été imaginé. Internet existait même si c’était sous une forme encore réservée aux spécialistes et ne connectait que les ordinateurs centraux des grandes université américaine. Des choses vont certainement arriver d’ici 2050 que nous ne soupçonnons pas encore, on peut toujours craindre le pire et un grand bond en arrière suite à une catastrophe, mais il est très possible que dans les trentes années à venir la progression technologique transforme notre société en quelque chose qui soit un remix de 1984 et du Meilleur de Mondes. Une société carcérale d’où l’on s’échappe par le biais du virtuel, vers des mondes de rêve où se vivent les relations, les amours, les fantasmes et les conflits tandis que nos enveloppes charnelles ne seront plus que les supports physiques et bien disciplinés d’une société dominée par les demi-dieux qui créent et contrôlent ces applications.

Rien n’est sûr, sauf que tout est déjà en place pour ce scénario-là, et que le remplacement de la culture, de l’éducation, de la civilisation par la combinaison hautement intrusive de la police et de la technologie risque de profondément transformer ce que nous entendons aujourd’hui par une société humaine. Les partouzes virtuelles seront sans doute de très haute volée mais le réveil, seul(e) à côté d’un robot vous fixant de ses yeux connectés à Big Brother, particulièrement vide de sens.

La question, en fait, n’est pas tant de savoir comment cela va se passer, que d’éviter que cela se passe ainsi. Un immense chantier pour l’éducation populaire?

 

Notes.

(1) https://zerhubarbeblog.net/2017/10/19/alphago-zero-le-futur-en-jeu/

(2) https://zerhubarbeblog.net/2017/11/08/entre-cop23-et-terre-plate/

(3) https://twitter.com/Defenseurdroits?ref_src=twsrc%5Etfw&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.causeur.fr%2Fviols-justice-droit-epoux-couple-148135

(3b) https://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/nos-vies-intimes/20171122.OBS7686/il-parait-qu-en-allemagne-les-hommes-ne-draguent-pas-je-suis-allee-verifier.html

(4) http://www.mgtow-france.com/

(5) https://www.theguardian.com/world/2013/oct/20/young-people-japan-stopped-having-sex

(6) https://zerhubarbeblog.net/2017/12/04/lavenir-du-sexe-est-il-robotique/

 

Le Consentement amoureux : « Tout homme désirant [confronté à un refus féminin] serait en position de se demander : fuit-elle pour de bon ? (…) Et la femme selon son cœur est celle qui multiplie les signes ambigus et fait passer sans cesse son poursuivant des affres de l’angoisse aux transes de l’espoir ». Jean-Jacques Rousseau.

 

 

 

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