Novichok ou l’art de la branlette anglaise.

L’affaire Skripal, du nom de cet ex-agent double Russe ayant subit, avec sa fille, une attaque au gaz neurotoxique à Salisbury début mars 2018, a très rapidement été mise sur le dos des Russes par Theresa May et un establishment britannique en mal de popularité. La presse anglaise a suivi comme un meute de hyènes, tout comme cette partie du public américain n’ayant plus rien d’autre à faire que monter la sauce anti-Russe, tout comme notre bon roi Macron qui n’hésita pas à mettre la Russie en cause (1) et boycotta le pavillon russe du salon du livre parisien. Quelle bande de cons.

En effet, malgré les divagations à visées politiciennes de Theresa May et de Boris Johnson (ministre des affaires étrangères et grand manipulateur pro-Brexit), allant jusqu’à menacer la Russie d’une riposte militaire (!!!!), n’existe pas l’ombre d’une preuve que l’agent incriminé (le gaz ainsi que celui ou celle l’ayant administré aux Skripals) n’ait quoi que ce soit à voir avec le régime de Poutine. Le contexte de l’affaire a été présenté sur ce blog via l’article « Du Novichok à la Syrie: la réinvention de l’axe du Mal » (2).

Jeremy Corbyn, le chef de l’opposition anglaise, s’est fait huer – même par son propre bord – pour avoir osé mettre en garde contre des conclusions trop hâtives à l’encontre des Russes. Fautes de preuves, et au nom d’une expérience certaine de fausses annonces de ce type par les gouvernements d’ici et d’ailleurs cherchant, par le mensonge et la manipulation, soit à justifier une politique prédatrice (les fameuses armes de destruction massive de l’Irak), soit se donner un peu d’air dans un climat politique délétère. Quelques roulements du tambour patriote ne font jamais de mal quand tout le reste par à vau-l’eau.

Mais ne voilà pas que les experts anglais en matière de guerre chimique, ceux qui travaillent à Porton Down (à quelques kilomètres de Salisbury) et qui ont en charge l’identification de l’origine du gaz neurotoxique Novichok (dont la paternité « scientifique » est clairement russe mais qui peut aujourd’hui être fabriqué par n’importe quel Etat ou organisation suffisamment équipée, dont les Anglais eux-mêmes), sans doute anxieux de ne pas complètement détruire leur propre réputation scientifique, annoncent qu’effectivement ils ne savent pas d’où vient ce poison, et que rien ne permet d’incriminer la Russie. La presse anglaise a donc du engager la marche arrière, même celle qui n’est pas particulièrement sympathique avec Corbyn tel le journal The Independent (3) qui admet que, finalement, Jeremy Corbyn a eu bien raison de faire attention avant d’inculper Moscou dans cette histoire…

Sauf coup de théâtre May, Johnson, Macron et les autres irresponsables européens vont avoir pas mal de chapeaux à manger. Et Poutine doit se marrer comme un éléphant de mer. Après que l’Europe se soit ridiculisée sur le théâtre syrien, qu’elle ait lâché les Kurdes et en soit réduite, du fait de la corruption et de l’incompétence crasse d’une génération d’imbéciles squattant le pouvoir, à lécher les bottes d’Erdogan, la voici qui en remet une couche avec l’affaire Skripal. Il y a vraiment de quoi désespérer.

Evidemment, rien de ceci ne prouve que les Russes sont innocents. On les sait capables de ce genre de chose, mais comme le disait Poutine si le FSB avait visé Skripal (et il n’a aucune raison connue de le faire), les cibles seraient aujourd’hui mortes et enterrées. Nous ne savons pas encore qui a fait le coup mais l’important, dans ce genre d’affaire, et de rester professionnel. Le coût de la récupération politicienne est le ridicule et la perte de crédibilité, cette dernière étant la seule chose qui soit réellement importante. Heureusement pour ces politiques, l’opinion publique a la mémoire courte.

 

Notes:

(1) http://www.sudouest.fr/2018/03/15/affaire-skripal-macron-met-en-cause-la-russie-et-annoncera-des-mesures-4283032-710.php

(2) https://zerhubarbeblog.net/2018/03/16/du-novichok-a-la-syrie-la-reinvention-de-laxe-du-mal/

(3) https://www.independent.co.uk/voices/jeremy-corbyn-sergei-skripal-theresa-may-novichok-russia-spy-poisoning-moscow-a8288826.html

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3 comments

  1. La polémique continue sur l’origine du Novichok: https://www.rt.com/news/424149-skripal-poisoning-bz-lavrov/

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  2. Novichok, le mystère s’épaissit: https://www.theguardian.com/uk-news/2018/jul/04/wiltshire-unknown-substance-leaves-pair-critically-ill-in-salisbury-hospital

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