11 mai: En Marche mais vers quoi?

Ce titre, encore sous forme de question, me vient suite à la conférence de presse sans presse, ce soir, du triumvirat de choc Edouard Philippe, Jérôme Salomon et Olivier Véran.

Quelque chose va devoir se passer le 11 mai, le Président l’a dit, mais l’idée de rendre sa liberté à la population fait tellement peur à l’exécutif qu’il a besoin de bien nous faire comprendre que cette liberté sera extrêmement conditionnée. Presque une faveur faite à la population suite à sa coopération au confinement, population qu’il faudrait quand même aussi remercier de s’être délestée de (800 000 x 135 euros) soit, à ce jour 108 millions d’euros dont elle n’avait évidemment rien de mieux à faire.

Un argent pris non pas aux CSP+ en télétravail sur l’île de Ré bien sûr, sauf un malheureux qui a payé pour les autres en se prenant une prune pour aller voir son père mourant qu’il ne put, de par ce fait d’armes gendarmesque exemplaire, aller voir, mais un argent prélevé sur les classes populaires confinées en milieu urbain, prélevé sur les ruraux qui ont l’outrecuidance de se promener à plus d’un kilomètre de chez eux sur des chemins déserts (1).

En France on n’a pas de masques, pas de tests, mais on a la police!

La question de la légalité du confinement.

Reste qu’il n’est pas certain que le régime l’empoche au paradis vu la Question Prioritaire de Constitutionnalité que des avocats toulousains portent devant la Cour de Cassation, laquelle a prévu de se pencher sur l’affaire dès le 12 mai:

« La procédure de QPC pose la question de la constitutionnalité du texte qui fonde les poursuites. Pour nous, c’est le délit de non-respect qui est inconstitutionnel », insiste Maître Sébastien Delorge, l’un des trois avocats toulousains qui ne remet pas en cause les décisions sanitaires prises pour limiter la pandémie.

https://www.20minutes.fr/societe/2760379-20200414-coronavirus-legalite-confinement-attaquable-devant-tribunaux?fbclid=IwAR09Pf5mVbWapV_3UCDMu9AUxbEYeUA2YlSslCRa5fNXybB3O3wy5mr2wjo

Cette QPC ne porte pas sur le confinement proprement dit mais sur les sanctions. Une autre initiative, menée par l’avocat Carlo Alberto Brusa, cherche à faire valoir que le décret mettant en oeuvre le confinement, lui, serait illégal. Sa présentation intégrale ici:

Que peut-il se passer le 11 mai?

Ces quelques considérations faites, venons-en aux choses sérieuses: comment l’après-11 mai peut-il se passer? Le gouvernement ne le sait visiblement pas, c’est « à l’étude » et je veux bien le croire. Tout au plus énonce-t-il quelques bases de travail, son objectif étant d’éviter que l’épidémie ne reparte tout en freinant le massacre économique et social lié au confinement.

Il va, pour se faire, ré-ouvrir les transports en commun et les écoles, il va permettre la réouverture de commerces hors cafés, restaurants et lieux à caractère social et culturel. Tout ceci sous conditions sanitaires drastiques évidemment, tout comme pour les « visites parloirs » qui seront autorisées, dès ce lundi, dans les Ehpads transformées en prisons de haute sécurité depuis un mois.

Le gouvernement a renoncé, dans un geste d’humanité, au confinement obligatoire des + de 65 ans après le 11 mai. On l’en remercie.

Les écoles réouvriront, mais à moitié. Laquelle ? Le pauvre Blanquer doit être en train de suer dessus. Le gouvernement veut équilibrer l’étendue du déconfinement avec la capacité du système de santé d’absorber l’inévitable regain de contamination. En termes techniques, il veut que le fameux taux de reproduction, R, reste sous 1 (voir articles précédents, tel « A la recherche du taux perdu » (2)).

Pourquoi ouvrir les transports et les écoles, mais garder fermés les bistrots et restaurants, mystère. Ne peut-on gérer les salles et terrasses de la même manière que les salles de classe?

De plus, le gouvernement essaie de vendre tant bien que mal sa « stratégie » d’acquisition de masques et de tests. On attend toujours de voir à quoi ressembleront les fameux masques « grand public », sachant que si un masque « classique » permet de protéger les autres de nos propres projections, a priori (mais cela se discute) seul un masque à la norme FFP2 permet de se protéger soi-même des projections virales d’autrui.

La logique voudrait donc que le masque « grand public », ou assimilé chirurgical, devienne obligatoire dans tous les lieux confinés pour tous les porteurs du virus. Comme il ne sera pas possible de dépister grand monde, cela implique que tout le monde devra en porter un. Reste à en avoir suffisamment et là, visiblement, c’est très loin d’être gagné.

C’est le même problème dans les écoles, collèges et lycées: autant je suis entièrement d’accord avec la nécessité d’une réouverture de ces lieux, d’abord et avant tout pour le bien des jeunes et, accessoirement, de leurs parents, autant l’on voit mal comment on pourra empêcher une diffusion du virus dans ces conditions. C’est un risque à accepter et à gérer, le coût social de l’inaction étant encore bien plus grand.

Il faut désormais regarder les choses en face, comme Emmanuel Macron l’avait fait lors de sa dernière allocution: la seule protection possible, au vu de la réalité technique actuelle, est l’immunité collective, c’est-à-dire la contamination de 50% à 60% de la population. Il faut juste l’accepter, le dire, et faire en sorte de mesurer et contrôler ce fameux R, le taux de contamination qui fait la différence entre une épidémie contrôlée (R égal ou inférieur à 1) et une « deuxième vague » avec une avancée exponentielle (R > 1).

Dommage que cette réalité n’ait pas été rappelée ce soir, dommage que le gouvernement s’entête à faire croire que les mesures techniques de base (masques et tests) seront disponibles en nombre suffisant pour arrêter l’épidémie. Heureusement il semble avoir accepté le fait qu’il n’y aura pas de vaccins avant un bout de temps, si jamais.

Accepter cette réalité n’empêche pas d’analyser au plus près la nature de ce virus, ses effets réels et, avec le recul dont nous commençons à bénéficier, évaluer les armes aujourd’hui à notre disposition. C’est en regardant ces données de manière objective que l’on pourra le mieux évaluer les effets des mesures de protection pour l’après 11 mai.

Que sait-on aujourd’hui sur ce Covid-19?

De nombreuses informations, pas toujours concordantes, émergent au fil des jours. Sur ses effets cliniques, sur son origine, sur sa capacité de contamination, sur l’immunité que confère la production d’anticorps à son contact. Certaines études, telle celle apparue dans Nature le 7 avril, lui attribuent des caractéristiques plus proches du Vih: il s’attaquerait directement au système immunitaire, les fameuses cellules T (3).

Une autre étude présentée dans ScienceMag le 17 avril suggère une capacité d’infection généralisée via son appétence pour un récepteur spécifique au sein de notre système sanguin, dit ACE2, qui régule la pression sanguine. Ce serait la bataille entre le virus et le système immunitaire, autour de ces cellules, qui diminuerait le taux d’oxygène dans le sang – et non pas la destruction des alvéoles pulmonaires, qui ne serait qu’un effet secondaire. Il faudrait alors non pas mettre ces patients sous respirateur, mais sous dialyse afin de réoxygéner leur sang (4).

Effrayant, en effet. Mais il ne faut pas oublier que ces conditions extrêmes touchent une minuscule partie de la population, celle qui se retrouve en soins intensifs et, souvent, décède de l’infection.

Une autre étude, parue dans MedicalPress, analyse la capacité de diffusion du virus. Elle estime la distance « en vol » des particules virales à 4 m, soit plus du double de ce qu’il est généralement admis. Mauvaise nouvelle, mais compensée par le fait que, apparemment, un simple masque (et non pas nécessairement à la norme FFP2) suffirait en fait à se protéger de ces projections. Cette même étude indique que l’on retrouve surtout le virus sur le sol (il tombe avec l’air) et sur les éléments souvent touchés (portes, robinets, etc…). Par contre la « densité » virale dans l’environnement nécessaire au déclenchement d’une infection reste mal connue (5).

Ce virus, dont le vrai non est SARS-COV-2 (le terme Covid-19 désignant la maladie qu’il engendre), est donc encore mal connu. Il est différent des Coronavirus types SARS et MERS. Certainement très différent de la grippe même si, dans la plupart des cas symptomatiques peu graves, cela y ressemble.

Le parallèle avec le Vih l’illumine d’une lumière particulière car, même s’il n’est pas une création artificielle à base de Vih + Coronavirus « classique » telle que le propose le Dr Luc Montagnier (6), l’industrie du Vih n’a jamais réussi à produire un vaccin (alors qu’en 1984, lors de l’annonce de la découverte du « virus du Sida » on annonçait un vaccin dans les deux ans), mais par contre cette industrie a produit des tri-thérapies extrêmement coûteuses (et surtout extrêmement rentables) à prendre à vie.

Il ne faudrait sans doute pas que cette industrie prenne le contrôle de la recherche sur le Covid-19, et c’est certainement un enjeu de la bagarre entre une partie de l’establishment scientifique et le village gaulois des Didier Raoult et Christian Perronne (7).

On ne peut encore tirer de grandes conclusions de tout ceci, hors une mortalité très faible dans l’ensemble (sans doute proche de la grippe si l’on prend l’ensemble de la population infectée), mais féroce pour la population la plus à risque (8). Il est possible, également, que le traitement actuel de dernier ressort (mise sous respirateur) soit inadapté si le virus attaque en réalité le système sanguin et/ou neurologique plutôt que pulmonaire.

La posture politicienne inopérante de l’opposition.

Il me semble que les politiques d’opposition devraient se préoccuper, avant tout, de comprendre le problème immédiat et de contraindre, tant que faire se peut, le gouvernement à faire les bons choix pour la population dans son ensemble, et pas que du point de vue sanitaire. On en est loin et c’est bien dommage.

Denis Robert pleurniche dans ses éditos sur Le Média, ailleurs on ne fait que critiquer le déconfinement et le retour à l’école. La droite nationaliste surfe sur la souveraineté soudainement à la mode, y voyant comme les Britanniques une espèce de clé magique ouvrant vers une majesté retrouvée. Les écolos parlent d’un « monde d’après » débarrassé du capitalisme sans se poser la moindre question de ce qu’il va se passer avec 50% de la population au chômage. François Ruffin parle de ne pas rembourser les dettes que la France va contracter et d’une espèce de création magique d’une infrastructure industrielle « souveraine ». J’aime bien François Ruffin mais force est de constater que, là, tout le monde rigole.

Non pas, bien sûr, que je sois « contre » une remise à plat du système économique national comme international, bien au contraire, mais ce n’est pas en disant n’importe quoi que l’on va faire avancer les choses. Et ce n’est certainement pas en renvoyant encore plus la France vers un statut de pays du tiers-monde, vers une sorte de grande Corée du Nord économiquement isolée mais dotée d’un arsenal nucléaire et d’une dictature policière bleue, rouge ou verte que l’on va retrouver une quelconque souveraineté opérante et progressiste.

S’il y a un « après Covid-19 » réellement différent de « l’avant », il n’adviendra pas dans les mois qui suivent mais sur des années: le temps de modifier les infrastructures, les relations commerciales internationales, les équilibres politiques. Il importe aussi de sortir du régime technocratique français (et européen) qui fera toujours barrage à l’érosion de ses propres intérêts et privilèges.

Technocratie aujourd’hui protégée par l’extrême complication qu’elle génère dans tout le système, par sa proximité avec les grands prédateurs capitalistes, par sa police dévouée (8). Technocratie qui rend presque impossible l’expérimentation nécessaire au basculement vers un monde plus viable, plus flexible, plus humain et, bien sûr, plus écologique dans le vrai sens du terme.

La liberté n’a pas de prix.

Cela dit il faut, entre-temps, gérer le problème du Covid et rendre leur liberté à tout un chacun, sous peine de problèmes sociaux encore plus graves:

« Les conséquences indirectes (du confinement) s’accumulent« , poursuivait-elle, soulignant que de récentes études montrent une augmentation inquiétante de l’anxiété et de la dépression dans la population générale.

Le constat se répète dans tous les pays soumis à cette mesure drastique, oubliée depuis des décennies dans nos sociétés modernes

https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/confinement/le-confinement-prolonge-peut-il-alterer-la-sante-mentale-6811962?fbclid=IwAR2ns7D7h4QIsC3waV_U3H7K60uP0E18Vd56bbcemc5AIh7ys7mptdRk9qM

Comme le disait aujourd’hui encore le philosophe André Comte-Sponville dans un journal belge, après sa récente et remarquée sortie contre ce que j’appelle le « Santé Suprême » (9):

« Le confinement est la plus forte restriction de liberté que j’aie jamais vécue, et j’ai hâte, comme tout le monde, d’en sortir. Pas question, sur le long terme, de sacrifier la liberté à la santé. J’aime mieux attraper le Covid-19 dans un pays libre qu’y échapper dans un État totalitaire! »

https://www.lecho.be/dossiers/coronavirus/andre-comte-sponville-j-aime-mieux-attraper-le-covid-19-dans-un-pays-libre-qu-y-echapper-dans-un-etat-totalitaire/10221597.html

Liens et sources:

(1)

(2)

(3) https://www.nature.com/articles/s41423-020-0424-9

(4) https://www.sciencemag.org/news/2020/04/how-does-coronavirus-kill-clinicians-trace-ferocious-rampage-through-body-brain-toes?fbclid=IwAR1wQ7kq9vSHEM-Y50vfnmowXbNLA5yBu3jP_ozFT-U8wtZRESgxZHxHY3s#

(5) https://medicalxpress.com/news/2020-04-exhaled-aerosols-coronavirus-feetand-virus.html?fbclid=IwAR0Z9nEcDXMhQHDMwEuh1O2ElbWpKmuY6rsUb31qTUzBxfqkeoHhLcgE1Sg

(6)

(7) https://www.nexus.fr/actualite/entretien/perronne-hydroxychloroquine/

(8)

(9)

A propos Vincent Verschoore

Animateur de Ze Rhubarbe Blog depuis 2008.

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